Après près de deux semaines de contestation au Liban et la démission du gouvernement de Saad Hariri, Karim Emile Bitar, de l'Institut des sciences politiques à l'université Saint Joseph de Beyrouth, est l'invité de Laetitia Gayet sur France Inter à 6h20.

Des manifestants célèbrent la démission du gouvernement Hariri dans les rues de Sidon, au Liban, le 29 octobre 2019.
Des manifestants célèbrent la démission du gouvernement Hariri dans les rues de Sidon, au Liban, le 29 octobre 2019. © AFP / Mahmoud ZAYYAT

Après 13 jours de contestation et la démission du pouvoir en place, Karim Emile Bitar estime qu' "il n'y a pas encore de plan B, mais le sentiment d'une première victoire" : "Il faudra un certain temps pour faire émerger une solution alternative" concède le spécialiste, face à son pays en pleine "crise économique et financière mais aussi en crise des systèmes politiques en place". 

"Les libanais rêvent d'un pays qui ne soit pas exclusivement identitaire et communautaire" 

"Pour la première fois, les libanais ne se perçoivent plus seulement à travers le prisme communautaire" estime-t-il. Et pour la suite? "Le Hezbollah demeure la force la plus puissante sur le terrain". Et ce n'est pas, pour lui, "uniquement un mouvement de jeunes mais de toutes les classes sociales, où les femmes sont en première ligne, où les villes sont à l'unisson du nord au sud".   

"Il y a un coté 'dégagisme' qui rappelle ce qui se passe au Chili (...) mais ce sera difficile de transformer l'essai, il faut maintenir des revendications unanimes" analyse le professeur en sciences politiques. Que veut dire vivre au Liban aujourd'hui ? "Avant, c'était une juxtaposition de communauté, mais la majorité silencieuse est en train de se faire entendre : aujourd'hui c'est une révolution qui vient d'en bas, qui pourrait faire émerger une nouvelle classe politique."   

Et si certains gouvernements, dont la France, craignent que la démission de Saad Hariri n'aggrave encore la crise : "Il faudra rassurer les marchés financiers et les gouvernements étrangers". Mais la mobilisation de la rue est toujours présente : "À cette heure, les manifestants sont encore très mobilisés, écoles et administrations toujours fermées".

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