Comme promis, Emmanuel Macron retourne au Liban aujourd'hui, près d'un mois après la double explosion qui a ravagé Beyrouth. Qu’attendent les Libanais de cette visite et que peut faire le Président français pour débloquer la situation politique ? Mathilde Munos pose la question à l’écrivain Charif Majdalani à 6h20.

L'écrivain libanais Charif Majdalani en 2017
L'écrivain libanais Charif Majdalani en 2017 © AFP / JOEL SAGET

Mustapha Adib, ambassadeur en Allemagne, devrait être désigné lundi Premier ministre du Liban après avoir obtenu le soutien des principales formations politiques du pays, soumises à de fortes pressions populaires mais aussi internationales face à la crise financière que traverse le pays et aux retombées de l'explosion meurtrière survenue dans le port de Beyrouth.

Charif Majdalani : "Avec ce premier ministre, nous n'avons aucun espoir de changement. Personne ici ne connaissait son existence il y a trois jours. C'est quelqu'un qui arrive sans programme ni vision de l'avenir. Tous les mouvements de l'insurrection d'octobre, qui était en cours ont proposé des noms et des programmes, donc d'autres possibilités existaient". 

Docteur en droit et en sciences politiques, Mustapha Adib a été conseiller de l'ancien Premier ministre Najib Mikati. Il est ambassadeur en Allemagne depuis 2013. Le chef de l'Etat est censé nommer à la tête du gouvernement la personnalité bénéficiant du plus grand soutien parmi les députés. Le poste est censé revenir à un sunnite selon le système de partage du pouvoir en vigueur au Liban. Mustapha Adib a reçu dimanche le soutien officiel du Courant du futur, la principale formation sunnite dirigée par Saad Hariri. 

Les deux grands partis chiites, le Hezbollah et le mouvement Amal du président du Parlement Nabih Berri, devraient aussi soutenir le nom de Mustapha Adib lors des consultations que le président Michel Aoun, un chrétien maronite, doit mener lundi. Le Courant patriotique libre (CPL), fondé par Michel Aoun et allié du Hezbollah, en fera de même, a dit son dirigeant Gebran Bassil, gendre du président libanais.

"Le pays est dans une vacance de politique, et la caste au pouvoir vit dans le déni"

Pour l'écrivain la population libanaise reste dans un état de sidération après l'explosion de Beyrouth, sidérée, et abandonnée par l'Etat. 

Charif Majdalani : _"_Depuis un mois il ne s'est rien passé, seule la société civile s'est vraiment mobilisée. La reconstruction a recommencé quand les gens peuvent agir par eux-mêmes, ou avec l'aide d'associations indépendantes. Ce sont des reconstructions élémentaires de survie. Mais on a l'impression que l'Etat s'en soucie peu". 

"Beaucoup de gens veulent partir, ceux qui le peuvent le font déjà. On est dans une situation désastreuse du point de vue psychologique. On est dans une crise économique qui pouvait préparer à ça, mais l'explosion a fait que les gens sont vraiment dans l'impossibilité de continuer et font leurs valises". 

On est tétanisé par ce qui s'est produit. 

Emmanuel Macron est attendu lundi soir dans la capitale libanaise pour une visite de 24 heures, son deuxième voyage en moins d'un mois à Beyrouth, pour plaider en faveur de réformes politiques et économiques au Liban.  Le Président français a suivi de près les discussions en cours à Beyrouth selon des responsables libanais, ce que l'Elysée a confirmé dimanche soir, précisant qu'Emmanuel Macron s'était entretenu par téléphone avec "les principaux protagonistes".  

"Il ne va pas à Beyrouth pour valider un accord entre les partis. Il y va pour obtenir des engagements clairs et opérationnels de leur part dans le cadre du nouveau contrat qu'il a exposé lors de sa précédente visite", a fait savoir la présidence française.  

"Ses exigences sont claires : un gouvernement de mission, propre, efficace, capable de mettre en oeuvre les réformes nécessaires au Liban et donc de recevoir un soutien international fort", a ajouté l'Elysée. 

"Il sera exigeant et attentif à ce que les engagements pris soient tenus de telle manière que les aspirations que les Libanais ont exprimées auprès de lui soient bien prises en compte."

Charif Majdalani : "C'est fondamental qu'il revienne. Le fait de se tenir à une promesse, pour nous, c'est très important. Le pays est dans une vacance de politique, et la caste au pouvoir vit dans le déni. Macron vient et parle aux gens et semble concerné par ce qu'il se passe. On fonde beaucoup d'espoir.  

Beaucoup s'interroge sur les moyens de pressions qu'il a. Il semblerait qu'il ait l'appui d'autres pays. 

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  • Charif MajdalaniEcrivain, professeur de lettres françaises à l'université Saint-Joseph de Beyrouth
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