Le projet d'un festival Netflix dans une dizaine de salles de cinéma indépendantes provoque la colère des distributeurs : François Aymé, président de l’Association française des cinémas d’art et essai (Afcae) est l'invité du 6h20

Des écrans avec le logo de Netflix aux "Media Days 2021" de Munich, le 25 octobre
Des écrans avec le logo de Netflix aux "Media Days 2021" de Munich, le 25 octobre © AFP / Frank Hoermann / SVEN SIMON

François Aymé dénonce "une véritable provocation de la part de Netflix". "Les cinémas ont été fermés pendant 6 mois, beaucoup de films de cinéma ont patienté pendant très longtemps, on a une reprise qui n'est pas si facile que ça... Et proposer ce festival à un moment stratégique, au mois de décembre, dans des villes importantes, c'est prendre la place des films qui ont été conçus pour les salles."

Mais ce n'est pas qu'une question de timing, reconnaît-il : le même festival organisé un an plus tard "nous poserait également un problème". "Netflix est un système qui sacrifie la sortie en salles et tout ce que ça représente en termes de dimension artistique, de sortie sociale... On est sur une opération de communication, puisqu'il s'agit d'une poignée de salles, qui ont été contactées, Netflix n'ayant pas pour l'instant confirmé officiellement l'organisation de ce festival. Ça a été fait aux États-Unis, au moment des Oscars, avec la sortie de quelques films en salle. Mais sur le fond, le principe même de Netflix, c'est de produire quelques films de cinéma qui justement ne sortent pas en salles ! Donc c'est pas parce qu'il y a quelques exceptions que ça change le principe même."

"Des années après, on est incapables de citer des cinéastes révélés par Netflix"

"Aujourd'hui, Netflix diffuse essentiellement des séries et quelques films unitaires avec des grands noms du cinéma", rappelle François Aymé. "Et nous, la perception qu'on a, c'est que c'est une caution culturelle. C'est des gens, comme Martin Scorsese ou Jane Campion, qui ont construit leur carrière avec des gens de cinéme, avec les producteurs, les salles, les distributeurs... Et Netflix récolte tout le travail qui a été fait par cette filière-là en faisant un gros chèque. Mais aujourd'hui, bien des années après sa création, on est incapables de citer des noms de cinéastes qui ont été révélés par Netflix."

"Sur le moyen terme, c'est important de révéler les nouveaux talents, et Netflix n'est pas dans cette logique-là pour le cinéma"

Pour le président de l'Afcae, "l'inquiétude c'est qu'on ait des difficultés à faire coexister deux systèmes : un système où les films sont présentés exclusivement à domicile, et un système classique où les films sont successivement montrés sur grand écran puis sur tous les supports possibles. La logique des plateformes, c'est d'acheter les talents. Ce sont des personnes qui, pendant le temps de ces contrats, ne vont plus travailler pour les salles de cinéma ! Donc il y a le risque d'un appauvrissement de l'offre en salles."

Les invités
  • François Ayméprésident de l’Association française des cinémas d’art et essai
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