À quoi ressemblera le tourisme cet été, alors que les restrictions sont à peine levées ? Jean-Didier Urbain, anthropologue de la mobilité et spécialiste du tourisme, est l'invité du 6h20.

Les vacances après la pandémie seront-elles comme avant ?
Les vacances après la pandémie seront-elles comme avant ? © AFP / JC MILHET / HANS LUCAS

Alors que les premiers départs en vacances s'annoncent en cette fin de semaine, va-t-on vraiment voyager comme avant ? Il y a trois ans, l'anthropologue Jean-Didier Urbain évoquait l'avènement de "la société touristique". La pandémie "a changé beaucoup de choses a court terme", nuance-t-il : "Tous les pays ne sont pas ouverts, loin de là, donc on va avoir des rétractions dans les pratiques, les séjours". Même s'il affirme que cela est une "transition", il note qu'il n'y a actuellement que quatre pays d'Europe qui acceptent les touristes sans restriction (Pays-Bas, Roumanie, Albanie, Macédoine) : "Même avec les voisins, il faut au minimum être vacciné ou avoir un PCR de 48 à 72 heures". 

Et au-delà ? Sans aucun doute pour Jean-Didier Urbain, car "l'une des meilleures choses qui soient arrivées à l'humanité, c'est de pouvoir voyager (...) : la meilleure façon d'apprendre que le monde est varié, que tout le monde ne pense pas comme vous, c'est de voyager. La leçon du voyage est absolument irremplaçable". Mais l'avenir, selon lui, appellera "des régulations, des redistributions de flux", dit l'anthropologue, qui rappelle que 95% des touristes se concentrent sur 5% du territoire mondial : "Il y a des phénomènes de concentration qu'il va falloir éviter à l'avenir". 

Jean-Didier Urbain dit espérer que "sous sa forme ultra-industrielle, standardisée, le tourisme de masse va vers sa fin : depuis longtemps, on voit des offres segmentées, personnalisées, les voyageurs auto-organisent leurs voyages". Un tourisme aussi plus raisonnable ? "De toute façon, c'est une tendance de fond : il n'y a pas forcément un rigorisme écologique qui va s'imposer, mais il y a une conscience du respect de l'environnement qui n'existait pas avant", explique-t-il.

"Un voyageur, soit il a envie de se réapproprier ce qu'il est, quand la vie urbanisée le dépossède, soit il veut devenir un autre : de toute façon, le voyage est un retour vers soi ou vers l'autre (...). C'est pour cela que le tourisme, ce n'est pas que du superflu, c'est extrêmement utile", conclut Jean-Didier Urbain.

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