Le journaliste évoque la mort de l'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, qu'il avait rencontré à plusieurs reprises au cours de sa carrière.

Valéry Giscard d'Estaing répond aux journalistes Yves Mourousi et Patrice Duhamel en 1978
Valéry Giscard d'Estaing répond aux journalistes Yves Mourousi et Patrice Duhamel en 1978 © AFP / Georges Pavunic

Quel souvenir l'ancien journaliste garde-t-il de l'ancien président ? "Je retiens la joie avec laquelle il avait mené la campagne présidentielle. Ça lui venait de Kennedy, ça : quand il était allé le voir en 62, il lui avait dit : “Dans une campagne, il faut être joyeux, trouver un slogan, et mettre en avant sa famille”. Et il fut le premier président élu à l’avoir fait."

"Il a voulu dépoussiérer la fonction présidentielle, et pensait même avoir “été trop vite” pour le faire", raconte Patrice Duhamel. "Une page se tournait, De Gaulle / Pompidou. Il avait une ambition en 100 jours, il disait : “les 100 premiers jours, c’est là qu’il faut y aller, on donne une image, on explique aux gens où l’on veut aller”. C’est pour ça qu’il a été aussi vite dans ses premières mesures : abaissement de la majorité, divorce, loi Veil..."

Au début de son septennat, "il était encensé dans la presse de gauche"

Car Valéry Giscard d'Estaing s'était "fixé comme priorité de s’attaquer à la modernisation de la société française". "Il y a quelque chose de tout à fait étonnant dans le début de son septennat, c’est qu’il est le seul des présidents de la Ve dont toutes les mesures sont critiquées par son électorat, par ceux qui l’ont élu trois mois avant. Il était encensé dans cette période par la presse de gauche, l’état de grâce était plutôt gauche que droite. Il disait que “la France doit être gouvernée au centre”. C’est le seul président de la République qui a gagné des législatives pendant son mandat !"

Sur la construction européenne et sa relation avec le chancelier allemand Helmut Schmidt, "Giscard disait : “Je ne prends pas une décision au niveau international sans en parler avec Helmut”. Ils étaient vraiment amis, je me souviens que quelques jours après la mort du chancelier allemand, il était totalement effondré."

VGE et Chirac : "Quand on les voit physiquement, on sent très bien que quelque chose ne va pas"

En revanche, Patrice Duhamel tempère les relations orageuses avec son Premier ministre : "Je ne suis pas sûr qu’il faille parler de “haine” avec Jacques Chirac. Il y a de la concurrence, de la compétition, ils sont tous les deux jeunes, il y a un problème de caractère et ils ne s’entendent pas bien, beaucoup plus rapidement qu’on l’a dit, dès les premiers mois. On sent très bien, quand on les voit physiquement, qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Quand Chirac claque la porte, c’est inédit dans la Ve République !"

"Pour Giscard, la défaite de 1981 [face à François Mitterrand] a été un traumatisme absolu, incroyable", raconte le journaliste. "Il n’est jamais retourné à l’Élysée depuis, sauf une fois et ça a été un effort de sa part : pour aller voir Jacques Chirac, parce qu’il rentrait à l’Académie française et que c’était une obligation. Il y est vraiment allé en traînant les pieds."

Quel homme était VGE ? "Il était drôle, dans l’autocritique et l’auto-dérision. Sur le fameux “Au revoir”, il m’avait dit : “Je crois que les Français n’ont pas bien compris ce petit trajet”. Il était très chaleureux avec les proches, avec toujours cette distance assez difficile à comprendre avec les Français. Il faisait beaucoup d’efforts mais sa relation avec les Français a toujours été un peu compliquée."

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