L'historienne, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à Sciences Po, analyse le scrutin américain et cette nuit de scores particulièrement serrés.

Syvlie Laurent
Syvlie Laurent © Radio France

"Je ne suis pas surprise du tout, il était vraisemblable que ce serait serré", assure l'historienne. "On a trop voulu croire que Donald Trump était un accident de l’Histoire, que c’était un pic de fièvre, une plèbe qui aurait perdu la raison. La vérité, c’est qu’il est entré profondément dans l’histoire d’un pays malade des inégalités, malade de ce que le parti républicain est devenu. Il a mené exactement la même campagne qu’il y a 4 ans : donc si 40% des Américains le soutenaient indéfectiblement il y a 4 ans, il n’y a pas de raison qu’ils s’en aillent. Il semblerait même qu’il ait gagné en popularité."

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Pourtant les sondages annonçaient une large avance de Joe Biden, se sont-ils à nouveau trompés ? "Les instituts de sondage veulent croire qu’il y a des mouvements de balancier historiques, ils ont l'impression que leur technique scientifique pour sonder les âmes est parfaitement fiable… Mais on sait qu’il y a des biais considérables. Il peut y avoir ce qu’on appelle le “trumpiste timide”, une stratégie de la part des gens de ne pas répondre aux sondages. Il y a aussi le fait que les gens ont hésité jusqu’au dernier moment. Il y a quelque chose de viscéral avec Donald Trump, ce qu’il est capable d’insuffler c’est quelque chose qui continue à faire la différence."

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"Donald Trump, c’est le candidat tribal"

Pour Sylvie Laurent, il y a quelque chose de profond dans ce vote, qui n'a pas été altéré par les récents meetings. "Je ne pense pas que la dernière semaine ait changé les choses. La grande partie des Américains ont une opinion très défavorable de Donald Trump ; mais quand on leur demande pour qui ils vont voter, il y a une grande majorité qui vont quand même voter pour lui."

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L'historienne évoque "un sentiment de dépossession" qui profite au président sortant. "Donald Trump c’est le bout de la chaîne d’une longue construction historique donnant le sentiment aux Américains qu’ils sont une tribu menacée. Et lui, c’est le candidat tribal, celui qui va protéger les siens contre les autres."

Les invités
  • Sylvie LaurentMaître de conférence à Sciences-Po Paris, où elle enseigne l’histoire politique et littéraire des Africains-Américains.
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