Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes, rend hommage à l'acteur Michel Piccoli, qui vient de disparaître à l'âge de 94 ans.

Gilles Jacob (au centre), alors président du Festival de Cannes, l'acteur Michel Piccoli et le réalisateur David Lynch (à droite), sur les marches du palais des Festivals en mai 2002
Gilles Jacob (au centre), alors président du Festival de Cannes, l'acteur Michel Piccoli et le réalisateur David Lynch (à droite), sur les marches du palais des Festivals en mai 2002 © AFP / OLIVIER LABAN-MATTEI

Gilles Jacob, ex-président du Festival de Cannes et auteur d'un livre d'entretiens avec Michel Piccoli, disparu ce 18 mai 2020, louait le "petit grain de folie" du comédien : "Son côté non conformiste, séduisant, brillant, charmeur, pas commode, avec des colères subites. C'était un Stradivarius, une personne d'une grande élégance morale, et extrêmement complexe".

"On est devenus amis en s'écrivant des lettres, en passant notre temps à nous moquer, à se provoquer en duel, on s'amusait beaucoup" se rappelle-t-il. Pour lui, "la vie de Michel aura été une formidable leçon d'espérance pour tous ceux qui ont une passion d'adolescent" : Gilles Jacob revient sur l'enfance de l'acteur, un "enfant de substitution" pour ses parents en deuil de son petit frère. Michel Piccoli "habitait dans le salon, a raté son bachot"et a trouvé sa voie quand on l'a emmené un beau jour en Corrèze dans une maison de campagne : "Un jour les gens qui étaient là ont eu l'idée de monter une pièce de théâtre : il a découvert sa passion".

"Le passé ne l'intéressait pas"

"Il était profondément observateur, avait horreur de la routine, et s'inventait des personnalités successives" se souvient encore Gilles Jacob, qui rappelle ses débuts au théâtre, avec "des années très difficile après-guerre", avant de venir au cinéma petit à petit.

"Même quand on lui faisait un hommage, il refusait que cela soit officiel"

Gilles Jacob sur la blessure intime qui a marqué les dernières années de ce grand acteur, la perte progressive de sa mémoire : "Michel était quelqu'un qui voulait mourir en scène, mais un jour les assurances ne l'ont plus assuré, il était très âgé. Le passé ne l'intéressait pas, c'était toujours 'demain'".

"Ce qui restera de lui, c'est à nous de le dire, en réalité : 150 personnages, tous différents, tous animés par lui d'une façon unique" estime Jacob, qui gardera son le dernier film qu'a fait l'acteur, Habemus papam, comme son préféré de Michel Piccoli.

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