Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, est l'invitée de Léa Salamé à 7h50. Elle évoque les difficultés d'accès à l'IVG pendant le confinement, mais aussi le risque d'augmentation des violences conjugales.

Ghada Hatem
Ghada Hatem © AFP / Betrand Guay

Pour Ghada Hatem, "l’IVG n’est pas en danger, au sens américain du terme, puisque ça n’a pas été interdit : au contraire, le gouvernement a dit que c’était un soin urgent". Mais il est complexe en période de confinement. "Le problème est multiple. D’abord, les soignants sont malades, donc il y a moins d’accès. Certains centres ont du se regrouper par manque de bras. Ensuite, les patientes ont peur de sortir, on le voit : les consultations sont en diminution. Or on sait très bien que le nombre de grossesses non désirées n’a pas diminué du fait du coronavirus, donc on se dit qu’elle vont arriver plus tard, peut-être trop tard."

"Nous sommes ouverts, nous assurons des IVG"

La gynécologue-obstétricienne a donc un message pour les femmes : "Nous sommes ouverts, nous assurons des IVG, vous pouvez téléphoner et venir. Bien sûr, la plupart des hôpitaux ne font plus les IVG sous anesthésie générale au bloc opératoire, puisque les blocs sont devenus des salles de réanimation. Donc on s’est reportés sur l’IVG médicamenteuse, à domicile si possible, sous anesthésie locale, mais ça ne résout pas tout."

Car l'accès à l'IVG reste un droit : "Si une femme sort et vient consulter, non, elle n’aura pas plus de difficultés qu’en période normale. On va s’arranger pour lui trouver une solution, quelle que soit la méthode. Si elle ne vient pas nous voir, ça risque d’être compliqué, parce que si elle attend la fin du confinement, elle va se retrouver hors délai, et c’est pas ce que les femmes souhaitent."

Augmenter temporairement les délais de 15 jours

D'où la demande d'un collectif de médecins : "À la maison, les médecins généralistes et les sages femmes peuvent organiser des IVG jusqu’à 5 semaines de grossesse. Nous demandons à ce qu’on puisse le faire jusqu’à 7 semaines, ce qui évitera que pendant ces 15 jours les femmes soient obligées de venir à l’hôpital, et ne viennent augmenter la fréquentation des centres. Ce n’est pas risqué, les publications le permettent, ça se fait dans d’autres pays : l’Angleterre, l’Irlande ont voté ce genre de choses." Elle souhaite également que, dans les cas où des femmes vivent "dans des familles compliquées, où elles ne peuvent pas parler, qui vivent avec un agresseur",  qui déjà venaient souvent consulter tardivement, les soignants puissent "faire des aspirations chirurgicales jusqu’à 14 semaines de grossesse, soit 15 jours de plus que la loi actuelle".

"On nous a répondu qu’on ne pouvait pas changer la loi, que c’était compliqué", regrette Ghada Hatem. "Certains politiques, voire des collègues, nous ont même dit que c’était “ignoble” de vouloir profiter de la situation pour faire passer des revendications. On ne profite pas de la situation, on veut juste aider les femmes dans une période encore plus difficile que d’habitude." Autrement dit, un retour aux délais normaux après la fin du confinement.

En cas de refus, y'aura-t-il des IVG pratiqués clandestinement ? "En 71, au moment du “manifeste des 340 salopes”, ils étaient quand même sacrément courageux", rappelle Ghada Hatem. "Est-ce qu’on aurait osé, nous, le faire alors que l’IVG était un crime ? Je ne sais pas. Aujourd’hui, on s’est dit que si on avait un afflux de femmes désespérées, peut-être qu’on le ferait, oui."

Sur l'augmentation des violences conjugales

Christophe Castaner s'est inquiété cette semaine d'une augmentation du nombre d'interventions des forces de l'ordre pour des cas de violences conjugales. "Nous, au contraire ce qui nous inquiète, c’est que les femmes nous contactent peu, et qu’on se doute que c’est parce qu’elles ne peuvent pas le faire", explique la fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis. "Nous sommes en contact avec certaines, comme avant. On a eu très peu de femmes qui sont arrivées en extrême urgence."

"Il y a toujours la peur de parler, mais aussi l’impossibilité d’avoir une bonne raison pour sortir. Peut-être qu’un SMS [le service que propose le ministre de l'Intérieur, NDLR] ce sera plus simple, plus discret à envoyer, mais ça ne réglera pas tout, et certainement qu’il y aura des drames pour les femmes et les enfants."

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