Emmanuelle Béart, comédienne, est l'invitée de Léa Salamé à 7h50. Elle évoque le disque choral en hommage à son père, Guy Béart, mort en 2015.

L'un des initiateurs de ce disque, c'est Charles Aznavour. "Il devait enregistrer “Il n’y a plus d’après Saint-Germain des Prés” et il est mort quatre jours avant l’enregistrement", raconte Emmanuelle Béart. "Mais c’est vraiment lui qui a donné cette première impulsion, qui nous a dit “vous ne pouvez pas ne rien faire autour de Béart, essayez de créer des objets, d’inventer des choses. On a pensé que c’était une très belle idée de commencer par donner les textes à des troubadours d’aujourd’hui, à de jeunes chanteurs, même si le disque est intergénérationnel, pour remettre la lumière sur la poésie de Béart."

"C’était très important d’avoir Christophe auprès de nous"

"Il y avait plusieurs façons d’entrer dans les chansons de mon père : soit on y restait comme dans un musée, un peu figé, très respectueux, ou on les prenait à bras le corps, on les coiffait, on les rhabillait… J’avais vraiment envie que chaque artiste s’empare et fasse sienne la chanson. La beauté de ce disque, c’est qu’on a presque l’impression qu’ils les ont écrites, ces chansons."

Elle évoque l’une des chansons interprétée par Christophe, lui aussi mort récemment. "Je ne l’ai pas réécoutée depuis que Christophe est parti. La genèse de la chanson est très jolie. Mon père allait à un rendez-vous avec la maman de ma sœur, Eve. Et comme il n’avait pas de fleurs, il s’est assis au bord d’un comptoir et il a écrit “vous c’est vous, ce que j’aime en vous c’est vous”. C'est une chanson extrêmement pure, extrêmement simple, et il m’a semblé évident que ça ne pouvait être que Christophe. Chaque artiste a été choisi, c’était un artiste et pas un autre. C’était très important d’avoir Christophe auprès de nous, d’autant qu’il ne faisait jamais de “tribute”. Je lui ai envoyé la chanson, je lui ai dit : “y’a une chanson pour toi”, et trois minutes après il m’a dit “je me mets au travail”."

"'Plus jamais', c'est une façon de dire au revoir"

La comédienne, elle, interprète “Plus jamais”. Pourquoi ce choix ? "Inconsciemment, on a essayé de remonter le temps, de comprendre l’énigme qu’était notre père. Dans nos choix de chansons, on est sans doute reparti à la source de nos naissances, et on a rencontré l’amoureux. Comme si chacune des chansons de notre père était une forme d’aveu, lui qui était très pudique, qui nous parlait peu : pratiquement toutes ces chansons étaient écrites pour nos mamans. Choisir “plus jamais”, c’était avoir le courage de dire qu’après deux ans de travail sur ce disque, il fallait le signer, que mon métier était de me laisser traverser par la poésie, par les auteurs, et qu’il n’y avait pas de raison que je me prive du plaisir d’être traversée par la poésie de mon père. “Plus jamais”, c’est une façon de dire au revoir."

"Guy Béart était un migrant, un apatride même pendant un certain temps", raconte sa fille. "C’est dit dans ses chansons : “la couleur que je porte c’est celle qu’on veut effacer”. Avec Aznavour, il y avait en commun une enfance de nomade, quelque chose de blessé. Il était toujours partagé entre l’apocalypse qu’il craignait et une forme d’espérance folle. Toutes ses chansons, si vous les écoutez bien, portent en elles la conscience d’un péril à surmonter."

  • Légende du visuel principal: Emmanuelle Béart © AFP / Patrick Kovarik
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