Historien spécialiste des Etats-Unis et directeur d'études à l'EHESS, Romain Huret est l'invité de Carine Bécard à 7h50. Il revient sur la proposition de Donald Trump de décaler les élections américaines, sur la nomination attendue de la colisitère de Joe Biden et sur la crise sanitaire qui dure aux États-Unis.

Donald Trump, devant la Maison Blanche à Washington, le 31 juillet.
Donald Trump, devant la Maison Blanche à Washington, le 31 juillet. © AFP / Nicholas Kamm

Alors que les États-Unis peinent à endiguer l'épidémie de Covid-19, le président Donald Trump a évoqué pour la première fois la semaine dernière l'éventualité d'un report de l'élection présidentielle qui doit avoir lieu début novembre. Même si le Président ne peut pas prendre seul une telle décision (c'est au Congrès d'en décider), "il pose une question légitime : comment est-il possible de faire voter en une seule journée plus de 130 millions d'électeurs, qui vont se rendre aux urnes dans des conditions sanitaires extrêmement inquiétantes", selon l'historien Romain Huret. 

Ce spécialiste des États-Unis explique que la solution proposée par les démocrates est de faciliter le vote par correspondance. "Celui-ci est décidé au niveau des États, et beaucoup de démocrates souhaitent qu'une loi fédérale facilite ce recours au vote par correspondance, pour permettre à toutes les personnes fragiles de voter", ajoute-t-il. 

Alors que les démocrates proposent de développer le vote par correspondance depuis le printemps, Donald Trump s'y oppose farouchement, "car selon lui le vote par correspondance va donner lieu à des fraudes massives". Selon Romain Huret, cette position est au moins stratégique : "Il se souvient qu'en 2016 ça a fonctionné : il ne faut pas oublier qu'il appelait Hillary Clinton "la tricheuse". On voit très bien qu'il rejoue le même scénario en 2020, en accusant ses adversaires de vouloir tricher". 

Dans le processus qui mènera à l'élection en novembre, le candidat démocrate Joe Biden doit désigner cette semaine son colistier... ou plutôt sa colistière, car l'ex-vice président de Barack Obama a d'ores et déjà annoncé qu'il s'agirait d'une femme. "Lui qui est plutôt vu comme un centriste va probablement prendre quelqu'un issu de la gauche du parti démocrate, pour envoyer des gages à un électorat plus jeune, favorable à une transformation culturelle et sociale des États-Unis", explique Romain Huret, citant la mobilisation des jeunes en faveur de Bernie Sanders ou Elisabeth Warren, les candidats les plus à gauche pendant la primaire, ainsi que la mobilisation très forte depuis la mort de George Floyd. "C'est un point sur lequel Hillary avait échoué en 2016 : mobiliser les gens pour qu'ils se déplacent et aillent voter", précise-t-il.

Alors que l'épidémie de Covid-19 continue à progresser aux États-Unis, le pays, première puissance mondiale, apparaît-il désormais comme passif, incapable d'avoir un temps d'avance sur la maladie ? "C'est un revirement historique, d'autant plus que les États-Unis étaient déjà plongés dans une crise sanitaire, la crise des opiacés (...). On a l'impression que le pays marche au ralenti, avec un train de retard, qu'il regarde chaque jour la triste comptabilité des morts sans agir au niveau fédéral, sans un pouvoir fédéral qui essaie de mettre un terme à cette crise".

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  • Romain HuretHistorien spécialiste des Etats-Unis au XXème siècle, directeur d'études à l'EHESS
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