Natacha Polony, directrice de la rédaction de l'hebdomadaire Marianne, est l'invitée de Léa Salamé. Elle est l'auteur de "Sommes-nous encore en démocratie ?" aux éditions de l'Observatoire.

Justement, sommes-nous toujours en démocratie ? "La réponse n’est pas oui ou non, c’est plus complexe que ça. Il y a une zone grise. Le contraire de la démocratie, contrairement à ce qu’avait expliqué Emmanuel Macron juste avant que nous soyons confinés, c’est pas forcément la dictature. Il y a la dictature et des formes de démocratie dégradée comme celle que nous vivons actuellement, pour des raisons diverses. On voit très bien comment, dans les différents pays occidentaux, nous voyons une crise démocratique qui s’amplifie petit à petit. La France, je pense, est plus en souffrance que d’autres pays, notamment pour des raisons institutionnelles."

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"Il me semble que nous ne pouvons pas nous satisfaire des régimes dans lesquels nous sommes et de la façon dont ils sont aujourd’hui organisés", assure Natacha Polony. "Si on se réfère aux réflexions d’Aristote, être citoyen c’est pouvoir gouverner. C’est pas seulement être gouverné dans un régime démocratique ! Or aujourd’hui, si vous interrogez les Français, combien peuvent se penser comme des représentants à un moment de leur vie : c’est très faible. Il n’y a aucune possibilité pour les citoyens de réellement exercer leur rôle, et il n’y a aucune possibilité pour eux de penser que les représentants défendent leurs intérêts."

"C'est pas ça, la démocratie, aller casser pour se faire entendre"

Pour la directrice de Marianne, "il y a un affaissement de la possibilité pour les citoyens de se faire entendre, même dans la rue. On voit bien depuis quelques années à quel point ça ne marche pas, et c’est pour ça que ça se transforme en mouvements violents et pulsionnels. C'est pas ça, la démocratie, aller casser pour se faire entendre et exprimer sa détestation des élites."

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"Il y a un problème spécifiquement français : tout le monde voit bien que nos institutions ont été tordues, c’est plus les contrepouvoirs qui existaient dans la Cinquième République", explique l'éditorialiste. "Ça, ça rentre en collision avec un phénomène mondial, le néo-libéralisme, qui depuis 40 ans a petit à petit contourné les démocraties pour imposer un système économique, avec cette idée que l’économie échappe aux lois de la politique. Or on voit combien ce système a petit à petit détruit les classes moyennes et populaires des pays occidentaux, sans que les citoyens aient l’impression d’avoir une prise : à chaque fois qu’ils votent, ils ont l’impression que ça ne change pas ce système."

"Quand vous avez 60 % d’abstention en 2017, ce sont les pauvres qui ne votent pas et qui ne défendent pas leurs intérêts."

Pour elle, "la façon dont la crise du coronavirus a fait exploser nos systèmes montre qu’en fait, tout cela n’était pas prévu. On s’est aperçu avec ce virus qu’avoir désindustrialisé la France pendant 30 ans, c’était une ânerie. Jusqu’à présent, quand on le disait, on était réactionnaire ou rétrograde !"

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"Il faut un système autre, qui revienne sur le libre-échange généralisé, c’est-à-dire la destruction des barrières douanières et l’uniformisation des normes, ça met en concurrence des gens qui n’ont pas les mêmes règles environnementales et sociales."

"Il n’y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas"

Elle rejette aussi l'accusation de "complotisme" : "On met dans le sac “complotistes” à peu près tout le monde : sur les vaccins, ceux qui émettaient un doute raisonnable étaient classés complotistes. Donc on a augmenté le nombre d’anti-vaccins de façon totalement artificielle. Le néolibéralisme essaie de faire croire qu’il y aurait une vision économique et que c'est une science. Ça s’appelle la gouvernance : l’idée qu’il y aurait des sachants, des experts qui savent ce qui est possible, qu’il n’y a qu’une seule politique possible. La conséquence, c’est qu’à partir du moment où vous êtes d’accord, vous êtes dans le cercle de la raison ; les autres, eux, ne savent pas et n’ont qu’à se taire. Or la démocratie c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Il n’y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas : les citoyens peuvent délibérer, éclairés par des experts, mais ce n’est pas la même chose."

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Pourtant, elle estime aussi que c'est "la raison qui est attaquée : quand on voit une foule déferlant sur le Capitole, alimentée par des mensonges, c’est qu’il y a une perte de ce qui est le fondement de la démocratie, l’idée que nous partageons la raison universelle et que c’est ainsi que nous allons décider de notre destin."

  • Légende du visuel principal: Natacha Polony © AFP / MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY
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