Jeanne Balibar, comédienne et réalisatrice, est l'invitée d'Alexandra Bensaid à 7h50, pour la sortie de son film "Merveilles à Montfermeil".

Dans "Merveilles à Montfermeil", en salles le 8 janvier, Jeanne Balibar a imaginé une comédie autour d'une équipe d'élus municipaux : "Quand je lis le journal le matin et que je vois tout ce qui a trait aux différents aspects de la vie des mairies, je suis tellement désespérée que je pense immédiatement comédie", explique-t-elle. Ainsi, elle assure que presque rien de ce qui fait la lofoquerie de son film ne sort de son imagination : "La fête de la brioche, elle existe vraiment à Montfermeil. Les ateliers de respirations'appellent "Ateliers du changement" dans plein de municipalités du 93. Les poules sur les toits, etc. C'est aussi hyper répandu. Il y a aussi des tas d'encouragements à la sieste, il y en a partout."

La cinéaste, qui porte son regard sur l'actualité, voit la colère sociale actuelle comme une "question de bon sens" : "Le gouvernement distribue des cadeaux fiscaux aux populations les plus, les plus les plus favorisées, les plus privilégiées. Tout ça, c'est du délire, c'est de la folie. Il y a des acquis sociaux qui ne sont pas des privilèges, mais au contraire des structures de solidarité qui ont été développées en France depuis 45. Il faut, il faut les protéger, il faut les chérir, il faut les développer. (...) C'est tout à fait normal que les gens soient plus sensés que une poignée de fous qui nous dirigent, puisqu'on sait bien que pour être un homme politique, il faut toujours être cinglé".

Avec "Merveilles à Montfermeil", Jeanne Balibar a écrit et réalisé son premier film seule. Une envie née de celle de raconter cette histoire, et de faire jouer ses interprètes Emmanuelle Béart et Ramzy Bédia : "J'avais envie de faire une espèce de comédie musicale qui disait pas son nom à la Jacques Demy un peu, mais sauf qu'il n'y avait même pas besoin de repeindre les portes en rose ou de composer des musiques : il y avait déjà tous les éléments de l'enchantement sur place". Elle ajoute : "Emanuelle, c'est la seule actrice en France aujourd'hui qui propose avec ses qualités d'actrice un tel sérieux sur la chose politique, et Ramzy, c'est quelqu'un qui est dans une espèce de classe, d'élégance intérieure, tellement profonde et tellement cool qu'il pouvait incarner cette espèce de citoyen idéal."

A quelques jours de l'ouverture du procès d'Harvey Weinstein, la cinéaste et actrice porte un regard dur sur le milieu, et estime que les tabous n'ont pas complètement disparu : "Ça m'énerve beaucoup d'entendre parler d'omerta dans le cinéma français parce que je trouve que c'est une manière de négliger les difficultés qu'il y a à parler. Moi, par exemple, je ne peux pas du tout tout vous dire sur cette question. Je suis pas en position de le faire parce que parce que ce serait trop dangereux pour moi, parce qu'il n'y a pas de position de puissance pour une actrice dans le cinéma. (...) La chose principale dont on ne peut pas parler, c'est l'esclavage des femmes qui sont mères d'enfants. Les actrices qui sont mères et à qui on demande d'être toujours présentes, toujours disponibles."

  • Légende du visuel principal: Jeanne Balibar © AFP / Alberto Pizzoli
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