Henri Leclerc, avocat, est l'invité d'Ali Baddou à 7h50.

Le bâtonnier de Paris, Me Olivier Cousi, annonce qu'il intentera "une action" en justice en réponse à l'enquête préliminaire "hors norme" ayant ciblé des avocats et menée pendant six ans par le parquet national financier, en marge de l'affaire des "écoutes" visant Nicolas Sarkozy.  "J'ai décidé d'engager une action au nom de l'Ordre des avocats de Paris", a-t-il dit en annonçant qu'il chargeait le célèbre pénaliste Henri Leclerc "de bien vouloir réfléchir, au sens procédural, à quelle action engager", ce qui pourrait passer par "une action pénale" ou "une action civile en responsabilité de l'État". 

Les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) ont un temps épluché les factures téléphoniques détaillées ("fadettes") de nombreux ténors du barreau et de leurs collaborateurs, parmi lesquels Mes Eric Dupond-Moretti, Jean Veil, Jacqueline Laffont, Pierre Haïk, Hervé Témime ou Marie-Alix Canu-Bernard mais aussi d'une magistrate, ou des lignes fixes du PNF. Certains avocats ont même été géolocalisés.

Pour maître Henri Leclerc, "les fadettes ont été à la disposition des enquêteurs, alors qu’ils n’auraient pas du y avoir accès. Prendre pour objet d’enquête les avocats est un problème qui concerne leur secret professionnel, qui est toujours contesté par l’Etat". 

Le secret professionnel des avocats "est la racine même de la confiance, c'est la structure même de la profession"

"Si on perd confiance on ne peut plus rien faire. On est obligé d’avoir le minimum de confiance" a -t-il expliqué en réponse à la déclaration de Me Veil, visé par l'enquête, et qui a dit "ne plus croire" que ce soit utile. "Je crois au juge, j’ai pas dit au parquet. Je pense qu’il faut faire un peu confiance au juge mais il faut que les bases de la confiance existe" a précisé Henri Leclerc. 

"Si le juge et le parquet agissent en essayant de surprendre les secrets de l’avocat, c’est un effondrement de civilisation"

Interrogé sur l'affaire Fillon, il rappelle que "le parquet financier s’adresse aux puissances économiques, donc je ne suis pas étonné que la droite demande sa suppression. Les cibles de ce parquet sont les nantis. Je pense qu’il faut une police spécialisée. la cour européenne conteste la conception française qui fait du parquet un juge". 

Il rappelle que "tous les parquets essaient de se dégager de la tutelle, depuis 65 ans." 

L'assemblée nationale vient de voter sur les modalités de sortie de l'état d'urgence sanitaire en France. S'il n'aime pas "les situations de privations de liberté", Henri Leclerc remarque que cet épisode a provoqué la libération de 13 000 personnes, et que "la délinquance n’a pas déferlé sur le pays". En revanche il regrette que l'on est "cherché à laisser des gens en détention provisoire sans décision judiciaire." 

  • Légende du visuel principal: Henri Leclerc © AFP / Philippe Hugen
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