Pap Ndiaye, historien et spécialiste des Etats-Unis, est l'invité de Carine Bécard à 7h50.

Pap Ndiaye reconnait, avec la lame de fond qui traverse les États-Unis depuis la mort de George Floyd, "une insurrection que [le pays] n'a pas connue depuis les années 1960".

Et même si certains policiers mettent eux aussi un genou à terre, "une petite partie de la police manifeste sa solidarité mais dans l'ensemble la répression est forte, avec des moyens de maintien de l'ordre extrêmement rudes".

Contrairement aux précédents soulèvements que le pays a connus dans son histoire récente, les manifestations se produisent même désormais dans les centre villes et les quartiers huppés : "C'est la grande différence avec les émeutes [des années 60 qui avaient lieu] dans les ghettos noirs."

L'un des raisons : "Il y a toute une partie de la jeunesse américaine mobilisée" estime le spécialiste de la culture américaine, qui constate aussi une autre différence : "Cette fois la population noire peut se déplacer vers ces quartiers huppés", contrairement aux années 60 où les cordons de police empêchaient leur accès aux manifestants. D'autant que cette fois, "la carte des manifestations recoupe la carte des villes démocrates et des villes universitaires", généralement opposées aux gouvernements.

"Les manifestants n'attendent pas grand chose de Trump."

Par rapport à 2014, "ce sont des segments plus larges de la population, notamment tout un segment de la jeunesse qui effectue sa grande conscientisation politique, c'est peut-être pour cela qu'il va y avoir des changements".

Silence du gouvernement français

Alors qu'aucun représentant de l’État français, comme d'autres gouvernements occidentaux, n'ont encore réagi à ces soulèvements américains, Pap Ndiaye ne trouve pas cela pas surprenant  : "L'attitude de déni en ce qui concerne les violences policières en France est classique depuis longtemps. Quelque chose est en train de se passer en France", estime-t-il et "on ne peut pas renvoyer ce qui se passe à seulement d'autres pays".

"Il y a manifestement une peur de la contagion."

Sur un refus de comparaison entre l'affaire George Floyd et celle d'Adama Traoré, il analyse : "La comparaison a pour objectif de comprendre le grain fin des différences, je regrette que les autorités françaises se raidissent dans un refus de comparer, et d'envisager des pistes d'amélioration."

"La relation entre la police et ces jeunes des quartiers populaires s'est dégradée, détériorée depuis le début des années 2000, lorsque des logiques de chiffres ont été imposées à la police."

Et évoquant les déclarations du ministre de l'Intérieur, qui affirme que 80% de la population française soutient les forces de police : "Faut-il en conclure que tout va bien et rien ne doit être réformé ? A l'évidence non."

  • Légende du visuel principal: Pap Ndiaye © AFP / MEHDI FEDOUACH
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