Le quadruple champion olympique de tennis en fauteuil Mickaël Jeremiasz est l'invité de Léa Salamé. Il raconte son confinement en tant que sportif de haut niveau et athlète handicapé.

Comment vit-il le confinement actuel ? "Je le vis bien, je passe beaucoup de temps, comme tout le monde,  auprès des miens. J’ai été sportif de haut niveau, donc pendant dix ans je n’ai jamais vécu le quotidien auprès de ma femme et de mon fils, donc c’est beaucoup de bonheur. Le confinement, c’est pas nouveau : quand vous avez un accident de la vie, vous êtes confiné à l’hôpital, en centre de rééducation, vous ne décidez pas de ce que vous pouvez faire et ça dure un temps indéterminé. Donc on se retrouve dans la situation dans laquelle se retrouve aujourd’hui le monde entier."

Mickaël Jeremiasz précise que "le confinement, c’est la situation quotidienne de personnes qui vivent dans des logements qui ne seraient pas accessibles, où l’ascenseur ne fonctionne pas ou n’existe pas. Ce sont des situations extrêmement communes. Les Français découvrent ce que des centaines de milliers de personnes vivent toute l’année."

"Comprendre, mais aussi relativiser, prendre un peu de recul sur sa propre existence"

"Aujourd’hui, sur le handicap moteur, plein de personnes ont un vrai besoin de soins, et ces soins ne se font plus", regrette le sportif de haut niveau. "Des soins qui permettent d’être autonome, pas seulement d’être bien dans sa tête. C’est extrêmement compliqué pour les personnes ayant un handicap mental, des troubles du comportement, accentués par l’isolement. À un moment, il faut aussi imaginer ce que des personnes vivent toute l’année suite à des accidents de la vie : comprendre, mais aussi relativiser, prendre un peu de recul sur sa propre existence. J’entends qu’en France il y a beaucoup de dysfonctionnements, mais c’est vraiment beaucoup mieux que dans plein d’autres pays. Il faut avoir conscience des filets de sécurité qu’on a, on peut toujours faire mieux et le gouvernement doit faire mieux, mais la réalité c’est qu’aujourd’hui dans les questions que se posent les Français, il y a des priorités. Il y a des personnes qui meurent, des personnes extrêmement précaires, des personnes dans une situation d’angoisse profonde."

Qu'a-t-il appris sur lui-même en cette période particulière ? "J’ai appris que j’étais un peu plus patient que je l’imaginais : moi qui suis un hyperactif, qui ne tient pas en place, de devoir rester chez moi 23 heures sur 24, j’ai retrouvé ce confinement que j’ai vécu après mon accident il y a 20 ans. Et j’ai découvert que je pouvais aussi couper avec le travail, avec la frénésie de l’entreprenariat, et me concentrer sur des choses plus essentielles de la vie. L’amour des siens au quotidien, c’est déjà pas mal !"

Comment a-t-il réagi en attrapant le Covid-19 au tout début de l’épidémie ? "C’était vraiment au tout début, donc on ne savait pas trop ce qui se passait. C’était surtout un désagrément à gérer sur le moment ! Mais encore une fois, il faut relativiser : j’ai perdu le goût et l’odorat pendant douze jours, mais je voyais tous les jours de plus en plus de personnes qui meurent, des situations extrêmement inquiétante dans les hôpitaux… Quand j’ai eu mon accident, trois semaines après on m’a mis dans une chambre avec un tétraplégique, quelqu’un qui peut à peine bouger ses bras, qui ne peut pas respirer seul. Du jour au lendemain, vous relativisez votre situation."

"Ce n'est pas la fin du monde s’il n’y a pas de Tour de France une année, si Roland-Garros est décalé..."

Même si les compétitions sont annulées, Mickaël Jeremiasz continue à pratiquer le sport : "Je m’entraîne toujours à la maison, je fais entre une et deux heures de sport par jour. C’est aussi source de bonheur et de bien-être. Et c’est un enjeu de santé : moi je suis en fauteuil roulant depuis 20 ans, et je suis exposé aux problèmes liés à ça : un risque de surcharge pondérale parce qu’on est inactif, des problèmes de santé, la pratique du sport elle est importante."

La fin des compétitions sportives, justement, il la relativise aussi. "C’est frustrant pour les acteurs du sport, les organisateurs, les sportifs, les fans… Mais ce n'est pas la fin du monde s’il n’y a pas de Tour de France une année, si Roland-Garros est décalé… La pratique du sport est indispensable, les Français sont de plus en plus actifs, mais la pratique en compétition, qui mobilise un public important, aujourd’hui si ça n’est pas en accord avec les précautions sanitaires évidentes, on attendra et on rebondira."

"Les athlètes ne sont pas plus en détresse que le reste des Français, mais ils en font partie"

"Ce qui est très dur, c’est la question de sacrifice", ajoute-t-il. "Pour les JO et Jeux paralympiques, vous avez des athlètes qui font des sacrifices personnels, familiaux, professionnels pendant quatre ans de leur vie… La majorité des athlètes sont amateurs, au sens de ressources financières, ils ne gagnent pas leur vie avec leur activité sportive. Quand vous dites à ces athlètes qui sont déjà obligés de tirer sur la corde, qu’ils doivent le faire un an de plus, il y a des conséquences. Encore une fois, les athlètes ne sont pas plus en détresse que le reste des Français, mais ils en font partie."

Il regrette aussi que le regard sur les Jeux Paralympiques continue à être très différent de ce lui porté sur les Jeux olympiques : "Ce qui est triste, c’est qu’on doit organiser les Jeux à Paris en 2024, dans quatre ans, et qu’on n’est pas foutu d’aborder la question des Jeux paralympiques de manière naturelle. Un athlète paralympique ça reste un athlète, un sportif de haut niveau, et tout ça est finalement assez banal. À aborder les Jeux dans quatre ans de cette manière-là, les médias sont responsables aussi de ne pas opérer un changement de regard qu’ils pourraient apporter, en mettant la lumière sur des hommes et des femmes a minima aussi inspirant.e.s que les personnes valides."

  • Légende du visuel principal: Michaël Jeremiasz © AFP / JACQUES DEMARTHON
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