Mohamed Kacimi, écrivain et dramaturge algérien, est l'invité d'Alexandra Bensaid à 7h50. Il évoque la situation en Algérie, où les manifestations se multiplient pour dire non à un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika.

Que pense l'écrivain de ce mouvement lancé par la jeunesse algérienne ? "La manifestation de vendredi, composée exclusivement de jeunes, représente à mes yeux l'expression d'un ras-le-bol", explique Mohamed Kacimi. "Un ras-le-bol, ça ne fait pas une révolution, mais toutes les révolutions commencent par un ras-le-bol."

Une colère que le pouvoir algérien "n'avait pas vu venir. Ils étaient tellement sûrs d'avoir tétanisé ce peuple, de l'avoir mis KO avec la propagande sur les années noires, qu'ils pensaient être à l'abri pour l'éternité. À tel point qu'ils se sont dit : puisque le peuple est dans le coma, il lui faut un président dans les choux."

Mais la génération "qui n'a pas connu les années noires" a fait déraper cette vision des choses. "Ils ont défilé avec un sens du civisme extraordinaire, et sans aucun slogan religieux. Dans ces rues mêmes d'Alger où leurs aînés chantaient il y a 20 ans 'nous voulons une République islamique pour laquelle nous allons vivre et mourir', eux ne disaient qu'une seule chose : 'nous voulons une Algérie libre et démocratique'."

Ce qui n'empêche pas Mohamed Kacimi de rester prudent sur les suites du mouvement : "les islamistes se sont toujours tenus à l'écart des grands mouvements populaires qui ont agité le monde arabe ces dernières années, et ils sont arrivés toujours à la dernière minute pour rafler la mise". Mais aussi plus largement sur la réaction possible du pouvoir : "je suis heureux d'avoir vu cette jeunesse dans les rues d'Alger, je suis perplexe par rapport à l'attitude que va avoir ce régime sans foi ni loi".

  • Légende du visuel principal: Algerian protesters © AFP / RYAD KRAMDI / AFP
Les invités
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.