Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France est l'invité de Léa Salamé à 7h50. Il revient sur une tribune qu'il signe dans Le Point pour la défense du secteur culturel français, menacé par la crise du coronavirus.

Xavier Bertrand rappelle d'abord ce que disait Churchill : “Si on ne se bat pas pour notre culture, alors pourquoi nous battons-nous ?” "Dans le contexte, il aurait été très facile au nom de l’effort de guerre de dire que la culture, on verrait plus tard. Mais il estime à ce moment précis que c’est une part de nous-mêmes, une part du peuple britannique et qu’il ne faut pas la sacrifier."

"La culture, c’est l’exact contraire de ce virus", explique le président de la région Hauts-de-France. "La culture, c’est ce qui permet d’être vivant, d’être ensemble, et de partager. Tout ce que ce virus nous empêche d’être ou de faire. C’est aussi pour ça que ce combat pour la culture est au cœur de la mission de service public. Je pense que dans les moments difficiles, tragiques que nous connaissons, ça fait aussi partie des lueurs d’espoir."

► ALLER PLUS LOIN - La tribune publiée par Xavier Bertrand dans Le Point

"Les Allemands ont investi des dizaines de milliards d'euros"

Pour lui, cette sauvegarde du secteur culturel passe par plusieurs questions clés : "La question des auteurs (l’accès au fonds de solidarité n’est pas simple), celle des intermittents (s’il n’y a pas de logique d’année blanche pour tenir compte de la spécificité du secteur, après la reprise de l’activité, ça ne tiendra pas)... Je ne veux pas que la culture soit une oubliée ou une part marginale du plan de relance. On ne peut se comparer à aucun pays, aucun ne traverse la crise de la même façon ; mais quand vous voyez ce qu’on fait les Allemands, avec des dizaines de milliards d’euros, on voit qu’ils ont compris que c’est important."

Et même en chiffrant ce que rapporte la culture, Xavier Bertrand estime que le calcul est vite fait : "À ceux qui ont des esprits plus mathématiques, plus rationnels, plus budgétaires, je dis que le monde de la culture représente, tout confondu, un PIB 7 fois supérieur à celui de la seule automobile, et Dieu sait que je suis attaché à mon industrie. Mais la culture, ça n’est pas que ça, ça ne résume pas à des chiffres, c’est une part de ce que nous sommes. Je pense que la création d’aujourd’hui, celle qu’on va permettre, c’est aussi notre patrimoine de demain, un investissement pour les générations futures. C’est une dimension immatérielle qu’il faut prendre en compte."

"Je demande au président de la République de faire pression sur les assureurs"

En 2014, il voulait pourtant remettre sur la table le statut des intermittents, qu’est-ce qui a changé ? "À l’époque, je disais aussi qu’il fallait que les employeurs, les sociétés de production, jouent le jeu. C’était pas intermittents contre État, mais de dire qu’il fallait que tout le monde joue le jeu, et que le système des intermittents ne bénéficient pas à certaines sociétés. J’ai eu la chance d’arriver dans une région où je ne pars pas d’une page blanche : l’action de Martine Aubry à Lille, connue de toutes et tous, l’action de Daniel Percheron… Et j’ai vu qu’il était possible avec les acteurs culturels de bâtir une nouvelle feuille de route avec de la construction. Ce sont des rencontres qui permettent d’aller beaucoup plus loin."

"Ce que je demande au président de la République, c’est aussi que l’on fasse pression sur les assureurs", demande le président de région. "On a besoin aujourd’hui que tout reprenne. Il faut que les assureurs jouent le jeu, et s’il faut leur tordre le bras, et bien on leur tord le bras, parce que sinon demain on n’arrivera pas à s’en sortir. De la même façon, France 4, qu’on devait tuer pour des raisons purement budgétaires, a montré toute son importance pour le savoir et pour les enfants. Il faut être plus clair : il ne faut pas “ne pas exclure de sauver”, il faut sauver, il faut garder."

"Un problème de confiance et de cohérence"

Pour lui, on aurait également dû laisser les librairies ouvrir pendant le confinement. "On a gardé un certain nombre de commerces ouverts, avec des règles sanitaires qui étaient strictes mais dont on a pu s'accommoder. On pouvait le faire aussi pour les libraires. Moi je suis dans une logique “zéro polémique”, et je me suis retenu de dire tout ce que je pensais. Maintenant, il faut que les librairies rouvrent et qu’on donne les moyens de relancer le livre : subvention, chèque-livre, c’est ce sur quoi je travaille dans ma région. Il y a aussi un autre sujet : le tarif postal du livre. Quand vous envoyez un livre à l’étranger, le tarif postal n’est pas le même, il est adapté ; pas en France. Ce serait une manière de relancer l’édition."

"Dans la culture, il y a des industries mais c’est aussi beaucoup, beaucoup d’artisanat. C’est beaucoup d’acteurs de terrain."

Pourquoi, selon lui, la majorité de droite au Sénat a-t-elle voté lundi contre le plan de relance présenté par Édouard Philippe ? "C’est un problème de confiance, de cohérence. Quand il y a un discours tenu par le président ou le Premier ministre, il ne faut pas qu’il y ait derrière des ministres qui nous disent qu’on n’a pas bien compris, que c’était pas blanc mais que c’était gris. Pour beaucoup de mesures, il faut du bon sens. Cette épreuve et terrible, mais on la traversera. Et pour la traverser il faut de la confiance."

  • Légende du visuel principal: Xavier Bertrand © AFP / PHILIPPE HUGUEN / AFP
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