Xavier Gorce, Illustrateur de presse indépendant, auteur de "Raison et dérision" (Tracts Gallimard), est l'invité de 7h50. Il revient sur sa démission du journal Le Monde, après des excuses présentées par la direction pour un dessin, maintenu en ligne, moquant les victimes d'inceste et les personnes trans.

"C’est un micro événement, je ne vais pas en faire une affaire d’État", assure Xavier Gorce qui en a tout de même tiré un livre. "Mais on arrive à un moment où une rédaction s’excuse à cause du ressenti de ses lecteurs ou des activistes sur les réseaux sociaux. Il ne faut pas s’excuser dans ce genre de situations : soit on publie un dessin, soit on ne le publie pas. Il peut y avoir une erreur dans le choix rédactionnel de publier tel ou tel dessin, mais une fois que c’est fait il faut l’assumer. La première des choses à faire je pense, ç’aurait été d’expliquer le dessin au lectorat, et de proposer au dessinateur de s’expliquer lui-même."

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Un dessin, ça doit avoir besoin de s’expliquer ? "En principe, s’il est réussi, non. Celui-ci l’était, je crois. Je n’ai pas de problème avec ce dessin : après, qu’il soit drôle ou pas c’est une affaire de goût. On peut être d’accord ou pas d’accord, mais pour moi il n’y a pas d’erreur."

"Un dessin d’humour est fait pour gratter là où ça dérange"

"Je crois qu’on peut simplement dire que ce n’est pas sur le terrain du ressenti qu’il faut se positionner", plaide le dessinateur. "Un dessin d’humour est fait pour gratter là où ça dérange. Il ne faut pas céder à cette tentation systématique d’être en empathie avec les gens qui ont vécu une souffrance. La souffrance peut être réelle, mais à partir du moment où l’on fait du dessin d’humour il faut savoir passer dessus."

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"Je peux vous citer d’autres messages que j’ai reçus, de gens qui me disaient avoir été victimes d’inceste, ou connaître des victimes d’incestes, et qui ont ri à ce dessin. On peut opposer les ressentis les uns aux autres, mais on n’aboutit à rien."

Pour lui, il s'agit d'une grande victoire du ressenti. "Si chacun arrive avec ses blessures, on n’en finit pas ! Quelle est la blessure légitime qui justifie qu’on ne fasse pas d’ironie dessus, et la blessure illégitime, parce qu’anecdotique, sur laquelle on peut rigoler ?"

Il considère également que le problème vient d'une supposée "soumission" des journalistes et des patrons de médias à Twitter. "Je crois qu’on est face à un média qui est tout à fait nouveau, face auquel on n’est pas tout à fait bien positionné. Il faut qu’on apprenne tous à se comporter sur Twitter, où l’on peut faire des erreurs, des tweets épidermiques de réaction immédiate qui ne sont pas bien calibrés", explique celui qui a lui-même pu tomber dans ces travers. "Mais il faut que les rédactions apprennent à avoir cette réaction du public, qui peut arriver de façon assez massive, avec beaucoup de manipulation, d’enfumage, on sait qu’il y a des activistes qui savent drainer derrière eux des meutes de chiens pour aller ronger un os. Il faut savoir résister à ça, et c’est de la responsabilité des rédactions de savoir mettre un mur infranchissable avec la réaction du public."

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"On voit qu’il y a une intolérance à l’humour d’une façon générale", ajoute Xavier Gorce. "Le nombre d’humoristes qui se font tacler parce qu’ils ont osé ironiser sur telle ou telle situation ou communauté, là ça devient problématique. S’il y a une réaction à ça, et que des choses se mettent en place comme des pare-feux, c’est très bien."

"Faut pas oublier qu’à un moment, on brûlait des gens parce qu’ils ironisaient sur la religion"

"Il y a plusieurs facteurs : à l’intérieur des rédactions, on a aussi des journalistes d’une plus jeune génération qui sont acquis au “wokisme” [terme venu des États-Unis désignant la défense des minorités] et qui considèrent que le journalisme est un travail militant dans lequel il faut aller combattre des injustices sociales", estime le dessinateur. "Là, il y a un prisme qui moi personnellement me pose un peu problème : on ne part plus des faits pour les analyser, mais on parle du ressenti de la société pour pouvoir orienter son travail d’information. Il y a un double problème : le militantisme sur les réseaux et ce que doit être le journalisme."

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Que pense-t-il du fait qu'il y a aussi une nouvelle génération qui, comme beaucoup d'autres avant elle, se rebelle contre les éventuels travers de la précédente ? "Je crois qu’il y a des passerelles éducatives qui ne se sont pas très bien faites sur certains domaines, certains champs, je crois qu’il ne faut pas oublier non plus notre Histoire, et ce qui s’est passé dans le passé. Faut pas oublier qu’à un moment, on brûlait des gens parce qu’ils ironisaient sur la religion. L’inquisition, c’est pas si loin que ça. Si on commence à renoncer à ce genre de choses, et c’est ce qu’il faut que la nouvelle génération réapprenne, c’est que si l’on s’abstient d’ironiser sur ce qui est sacré, il n’y a plus de limites : où s’arrête le sacré ? Il faut exclure absolument les bons sentiments."

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  • Légende du visuel principal: Xavier Gorce © AFP / JOEL SAGET / AFP
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