L'affaire Matzneff secoue encore le petit monde littéraire, et Christine Angot, écrivaine, y a consacré une tribune la semaine dernière. Elle est l'invitée de Léa Salamé à 7h50.

Cette affaire, justement, est-elle avant tout un aveuglement (plus ou moins volontaire et complaisant) de tout un milieu : "Si on restreint cette question-là à une affaire de milieu, on ne va pas s'en sortir", assure Christine Angot. "On ne peut pas juste évoquer les élites intellectuelles, libertaires, etc. Il faut bien voir que cette question-là, ça fait partie des pulsions, qu'on peut avoir, qu'on soit un grand bourgeois ou un ouvrier, simplement on en fait son affaire, ça s'appelle le refoulement, la civilisation. Attention à ne pas dire que c'est 'là que ça se passe', sinon on va croire qu'ailleurs, ça ne se passe pas."

"La société, représentée par des écrivains ou des journalistes, ne peut pas d'un coup porter le poids de juger", poursuit l'écrivaine. "La justice se cache derrière un livre : ce qui s'est passé, c'est une volonté de séparer clairement ce qui ressort du réel et ce qui ressort de la fiction. Jusqu'à nouvel ordre, quand Gabriel Matzneff fait un livre, a priori c'est un livre, pas un témoignage." Même si elle reconnaît que pour les journaux intimes, "c'est autre chose". Mais "il faut faire très attention à ne pas considérer les livres comme des pièces à conviction du réel".

Elle-même raconte comment elle a découvert les livres de l'écrivain pédophile : "j'avais 20, 21 ans, et je ne voyais plus mon père, avec qui j'avais un problème d'inceste pendant trois années en continu". Elle estime qu'à l'époque, elle ne s'était sans doute pas "libérée de son discours" : "sûrement que je trouve dans les livres de Gabriel Matzneff quelque chose qui me parle d'amour. Ces gens sont de grands naïfs, de grands sentimentaux. 'Quelle belle histoire d'amour, mon Dieu' : c'est ce qu'ils veulent croire. Et après ils parlent de coup de poignard dans le cœur..."

  • Légende du visuel principal: Christine Angot © AFP / François Guillot
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