Olivier Py, directeur du festival d'Avignon, est l'invité de Léa Salamé à 7h50. Un festival qu'il souhaite pour l'instant maintenir, mais qui pourrait être annulé si la fin du confinement tardait trop.

"Je suis inquiet mais pas complètement pessimiste", assure Olivier Py. "Nous avons encore la possibilité de faire le festival. Bien évidemment si les autorités sanitaires nous disent qu’il n’y aura pas de déconfinement au mois de mai et pas de rassemblement possible au mois de juillet, alors on ne pourra pas le faire. Mais pour l’instant, au 8 avril, on peut encore espérer."

Pour lui, il reste encore, pour l'instant, assez de temps pour tout organiser : "Nous devons ouvrir au mois de juillet, c’est pas comme ouvrir fin mai ! Notre festival appartient au service public, il y a une responsabilité à l’égard du public. Les autorités sanitaires me diront si c’est possible ou non, Ils ont des compétences que je n’ai pas. Aujourd’hui, ils ne me disent pas que c’est impossible : si on part sur un déconfinement mi-mai, je pense qu’il n’y aura pas de faisabilité du festival ; mais aujourd’hui, si on part sur début mai, il est possible."

Une annulation serait "une pente très difficile à remonter"

"Le festival vit en grande partie, à 50 %, de ses recettes", précise son directeur. En cas d'annulation, "le budget était de 13 millions, entre 6 et 7 millions de recettes perdues, ça coulerait le festival." Tout comme les compagnies qui comptent dessus : "Elles ne pourront pas survivre à une annulation comme celle-là. Il y a eu une annulation du festival en 2003, et ça a été pour la ville une pente très difficile à remonter. Aujourd’hui, il serait absolument impensable de décider, par manque de courage, de ne pas organiser le festival."

Olivier Py se refuse toutefois à braver le sort en organisant le festival coûte que coûte : "Je dis juste qu’à ce jour, les conditions sont encore remplies pour l’organiser. À ce jour sur 45 spectacle, aucun des artistes ne m’a dit qu’il ne pourrait pas venir cet été."

Il faudra en revanche peut-être s'adapter à la situation. "Le 21 avril, nous allons faire un conseil d’administration avec le ministère de la Culture, la région, la ville : nous leur exposerons les différents scénarios. Une réduction de la gauge, certains lieux non-ouverts, un décalage dans les dates… Ce sont des scénarios possibles."

Le monde de la culture dans une "situation catastrophique"

"On est en contact avec le ministère de la Culture. Ils ont lancé un plan presque 48h après le confinement", reconnait le directeur du festival d'Avignon. "La situation est catastrophique pour le monde du spectacle, on ne sait pas comment on va s’en remettre. L’annulation du festival, on ne peut pas la décider d’un revers de main : c’est l’économie d’une ville, des milliers d’artistes et de techniciens qui pourraient être impactés."

Ce sont surtout les métiers les plus précaires qui en pâtiraient. "La situation des intermittents est extrêmement inquiétante. Il faut un dispositif sur mesure, il faudra surtout résoudre la question des intermittents, en faisant par exemple un moratoire sur les deux ou trois mois où ils n’ont pas pu comptabiliser leurs heures. Les théâtres, les compagnies seront terriblement impactés, il faudra faire un plan de sauvetage de la culture."

Le public sera-t-il prêt à revenir dans les théâtres ou les rues d'Avignon après cette épreuve collective ? "Un confinement sans culture c’est pas vivable : un confinement sans musique, sans livre, sans film, sans spectacle… Ce qui nous manque le plus cruellement c’est justement ça : se réunir pour célébrer la beauté du monde et l’intelligence. Donc je pense que le public sera là le jour où on lui permettra de sortir de ce confinement."

  • Légende du visuel principal: Olivier Py © AFP / Loic Venance
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