Le professeur Moncef Slaoui, immunologue, responsable de la stratégie vaccinale des États-Unis, est l'invité de 7h50.

"Un très grand progrès a été fait vers l’élimination de la pandémie grâce à l'utilisation des vaccins", assure l'immunologue qui a supervisé le développement des vaccins aux États-Unis. "Malheureusement, pas à des doses assez importantes. Il y a encore du chemin à faire."

Il raconte d'ailleurs avoir été très surpris d'être nommé à ce poste, étant lui-même un opposant à Donald Trump. "Chaque fois qu’il y a eu une pandémie dans le monde, j’ai beaucoup participé à la production de vaccins. Un congressman m’a demandé si je pensais qu’on pouvait développer un vaccin en un an, j’ai dit oui, il m’a répondu “hé bien désolé mais tu vas recevoir un coup de fil de l’administration Trump, ils voudraient que tu les rejoignes pour le Manhattan Project 2”, le nom initial du projet de vaccin. Il fallait aider la population mondiale, donc j’ai accepté."

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"L'innocuité et l'efficacité sont excellentes, donc les hésitations diminuent"

À l'inverse, il a aussi mal vécu les attaques venues de son propre camp démocrate. "J’étais assez étonné des critiques, étant donné que d’énormes progrès ont été faits. Jamais un vaccin n’a été découvert, développé, produit, testé, approuvé en une période plus courte qu’une année. Au départ de l’opération, tous les démocrates ont dit que c’était impossible. Mais c’est un grand cadeau fait à la nouvelle administration, dont je suis partisan. J’étais étonné que la politique se mêle de la pandémie, j’avais espoir qu’on serait plus factuels. Créer la confusion est toujours un élément qui encourage l’hésitation par rapport aux vaccins."

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Quel est l''état d'esprit des Américains vis-à-vis des vaccins ? "Je ne sais pas jusqu’à quel point les gens sont sceptiques en France, mais avant l’approbation des vaccins, jusqu’à 60 % de la population disaient qu’ils ne se feraient pas vacciner. Aujourd’hui, les gens sont très frustrés parce qu’il faut attendre des heures pour pouvoir être vacciné. Je pense que le fait que les vaccins soient à 95 % efficaces, et qu’on a vacciné 30 millions de personnes, montre bien que leur innocuité et leur efficacité sont excellentes, et les hésitations diminuent."

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"L’Europe est restée à l’écart du fait d’encourager les vaccins"

Comment explique-t-il le retard accumulé côté européen ? "D’après ce que j’ai pu voir, l’Europe est restée à l’écart du fait d’encourager les vaccins, de participer activement à leur développement et à leurs tests. L’Europe a agi au niveau de l’achat des vaccins, pas de la recherche et du développement. Le résultat, c’est qu’elle n’est pas au premier plan en termes d’accès aux doses de vaccin, c’est pour ça que le taux de vaccination est plus bas. Il y a des leçons à en tirer."

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"Depuis 30 ans, je travaille à cheval entre l’Europe et les États-Unis", explique le professeur Moncef Slaoui. "Et en général, les Américains sont beaucoup plus optimistes, et par conséquent preneurs de risques. En Europe, on est beaucoup plus conscient des risques, on décrit beaucoup mieux les problèmes, mais quand on passe son temps à décrire les problèmes, souvent on ne pense pas à la solution, et on a moins d’énergie pour y aller."

Financièrement, "j'avais carte blanche"

"Il y a aussi un problème de prise de risque financière, qui a fait que les gouvernements n’ont pas mis les financements qu’il faut derrière les projets", regrette-t-il. "Ici, aux États-Unis, j’avais carte blanche : on a dépensé 14 milliards très vite, maintenant c’est probablement encore plus, sans doute 20 milliards. Mais quand on pense au coût économique du confinement, qui était chaque jour de 23 milliards de dollars… À côté, nos 14 milliards c’était rien du tout."

Le président français l'a aussi contacté pour échanger sur ce sujet. "Emmanuel Macron m’a posé des questions sur les différents vaccins approuvés, et m’a aussi demandé pourquoi en Europe et en France en particulier on n’avait pas réussi. On a eu une très bonne conversation sur l’habitude culturelle de la prise de risque, risque financier et personnelle quand il faut s’engager dans une opération qui a très peu de chances de réussir."

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"Allouer une partie des budgets de la Défense à la défense contre les menaces biologiques"

Pour le professeur Moncef Slaoui, il faut de toute urgence financer la lutte contre les pandémies, par exemple en utilisant une partie du budget de la Défense. "Il y aura d’autres pandémies, j’espère qu’elles seront contrôlées beaucoup plus vite, avec moins d’impact. Mais tous les pays ont des armées “au cas où”, or les virus sont des ennemis particulièrement adaptés à nous échapper : donc allouer une partie des budgets de la Défense à la défense contre les menaces biologiques me semble extrêmement nécessaire."

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En attendant, il se félicite de constater qu'aux États-Unis, "on aura entre juin et septembre vacciné la très grande majorité de la population, et à ce moment-là on sera revenus vers une vie un peu plus normale. Je pense que vers la fin du mois de mars, on aura vacciné les 100 millions de personnes les plus à risque. En Europe, on aura à mon avis un retard de trois ou quatre mois."

  • Légende du visuel principal: Moncef Slaoui, immunologue © AFP / MANDEL NGAN / AFP
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