Philippe Aghion, économiste, est l'invité d'Alexandra Bensaid à 7h50.

Philippe Aghion a fait partie des conseillers économiques d'Emmanuel Macron. Mais s'il est partisan d'un allongement de la durée de cotisation, il se montre aujourd'hui opposé à l'idée d'un âge pivot pour la réforme des retraites : "Je pense qu'effectivement, il faudra travailler plus longtemps, mais on n'a pas besoin de l'âge pivot pour y parvenir. Le système à points, on peut l'équilibrer avec des règles pour une retraite à taux plein. Effectivement, reste la question de l'équilibre du court terme : tous les gens qui partent avant 2035 sont sujets au système actuel, mais à nouveau, on n'a pas besoin de l'âge pivot pour ça". 

Ce qui pose problème à Philippe Aghion dans cette réforme, c'est que l'âge pivot "cristallise les oppositions" : il cite l'exemple d'une personne qui ne trouve pas d'emploi à l'approche de ses 62 ans. "Comme ils n'ont pas d'emploi ils sont poussés vers la retraite, et en plus de ça l'âge pivot leur imposerait un malus. C'est une double pénalisation". Il reproche aussi le fait qu'il "n'y a pas eu de séparation entre le système cible et le court terme. On a dit "âge pivot, toujours"", alors même que selon lui cet âge pivot "est contraire à l'esprit du régime à points". 

Il prône ainsi une accélération du dispositif prévu par la précédente réforme Touraine : "Cette réforme dit que pour les personnes nées entre 1958 et 1973, la durée de cotisation augmente d'un trimestre tous les trois ans. Vous pouvez décider d'augmenter d'un trimestre tous les ans". En contrepartie, il propose qu'une partie du crédit d'impôt CICE accordé aux entreprises soit consacré au financement de l'équilibre du régime. 

"On est amené à parler avec l'entourage du Président", dit-il. 

"J'ai très peur que l'âge pivot soit le totem d'Edouard Philippe : qu'il considère qu'il lâcherait sur tout, qu'on peut faire toutes les concessions catégorielles sur les régimes spéciaux, pour ne rien lâcher sur l'âge pivot, par fierté, par totem". 

Le souci, pour Philippe Aghion, c'est que les modalités restent floues : "Le Premier ministre, j'avais travaillé avec lui dans l'équipe Juppé pendant les primaires de droite, la mesure, c'était l'âge de la retraite à 64 ou 65 ans. Macron propose une autre réforme. Et il y a deux ADN qui se mélangent, c'est ça le problème". 

  • Légende du visuel principal: Philippe Aghion © AFP / Leemage
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  • Philippe AghionEconomiste, professeur à l'université d'Harvard et à l'Ecole d'économie de Paris
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