Le cinéaste américain, Spike Lee, est l'invitée de Léa Salamé, à l’occasion de la sortie de son nouveau film, "Da 5 Bloods", sur Netflix, le 12 juin 2020.

Spike Lee
Spike Lee © AFP / Jean-Baptiste Lacroix / AFP

Spike Lee se dit déçu de l'annulation du festival de Cannes, "les projets ont été changés. Mais vous savez 22 000 personnes sont mortes à New York. Elles aussi avaient des projets. Il y a plus de 120 000 Américains qui sont morts à cause de la pandémie. Eux aussi avaient des projets. Je ne vais pas me plaindre parce que mes plans ont été changés, parce que je suis toujours vivant". 

Vietnam : "On n’a pas vu jusqu'à présent la façon dont on a trahi ces Noirs"  

Pour la première fois, Spike Lee a réalisé un film pour Netflix qui sera disponible le 12 juin 2020. Da 5 Bloods est un film sur les vétérans de la guerre du Vietnam. C'était à l'origine un projet d'Oliver Stone, qu'il a abandonné il y a quatre ans. Spike Lee a repris le projet à la condition que les personnages ne soient plus blancs mais noirs

"Je voulais faire ça d'un angle un peu plus pointu. Je voulais le faire du point de vue des anciens combattants noirs. Y'a des Blancs dans le film, oui, mais le point de vue principal, c'est les Noirs. Parce que, on n’a pas vu jusqu'à présent la façon dont on a trahi ces Noirs. Et ce que je voulais faire, ce que beaucoup de gens ne savaient pas, c’est que la France était au Vietnam avant les États-Unis. C'est pour ça qu'il y a ces deux personnages joués par des grands acteurs : Mélanie Thierry et par mon frère, Jean Reno". 

Dans les précédents grands films consacrés Vietnam, Voyage au Bout de l'Enfer de Cimino, Apocalypse Now de Coppola, Full Metal Jacket et bien d'autres, pas un seul ne met en scène un héros noir, alors que les afro-américains représentaient 1/3 du contingent américain au Vietnam. 

"C'est une des raisons" dit Spike Lee, pour laquelle il a fait ce film, mais il y a un "hommage à Francis Ford Coppola. Donc, je ne peux pas prétendre que je suis le premier à représenter des héros noirs de la guerre". 

En 30 ans, "rien n'a changé"

Spike Lee ne prétend pas être le porte-parole des 40 millions d'afro-américains, mais il en est une icône depuis "Do The Right Thing". Qu'est-ce qui a changé en trois décennies, avec la mort de George Floyd ?

"Si vous considérez le meurtre de George Floyd par la police, le meurtre d' Eric Garner par la police [2014 à New York]. Si on remonte de 31 ans pour voir le personnage qui a été fictionné par la mort de Radio Raheem dans "Do the Right Thing", Michael Stewart, le tagueur : rien n'a changé. C'est la raison pour laquelle les gens manifestent à travers le Monde entier aujourd'hui, même à Paris". 

"C'est un problème mondial, ce qu'on voit dans les rues, à travers le Monde. Les gens exigent que la politique, sur la façon dont les policiers agissent, soit totalement changée de haut en bas"

Spike Lee estime que les manifestations auront un impact sur les sondages avant l'élection présidentielle. 

" Ça va avoir un effet sur les sondages. "L'agent orange" ne doit pas se sentir à l'aise, maintenant. Moi, je ne l'appelle pas par son nom. Et ce terme a été choisi par quelqu'un d'autre. Vous savez, on est au bord du gouffre aux États-Unis. Les généraux américains ne disent rien sur rien d'ordinaire. Les anciens généraux maintenant ont fait des déclarations publiques et ils sont en désaccord avec ce que fait ce type". 

Spike Lee considère, comme le dit Barack Obama, la prochaine élection en novembre sera la plus importante de l'histoire des États-Unis.  

"Mais je vais en dire plus même. Cette prochaine élection présidentielle sera l'élection présidentielle la plus importante de l'Histoire de la civilisation moderne, pas seulement des États-Unis. Si ce type, "l'agent orange" est réélu, eh bien, le monde sera en péril." 

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