François Asselin, président de la CPME, est l'invité de Léa Salamé. Il s'inquiète de l'impact des mesures de confinement sur les petits commerces en France.

"Si je pouvais répondre à la place du gouvernement, je rouvrirais les commerces", assure François Asselin. "Avec des mesures sanitaires renforcées pour certains, s’il le fallait. Néanmoins, d’après ce que j’entends, il va falloir attendre encore un peu plus longtemps. C’est très dur, catastrophique pour certains. Quand vous n’avez pas de recette de que vous êtes commerçant, comme vous avez un statut d’indépendant, vous n’avez pas de revenu, donc pas de salaire. Et si vous devez baisser le rideau, il vous reste des dettes, parce que vous n’avez pas de chômage. Il faut les soutenir, ces commerçants, évidemment."

Que faire pour envisager la sortie de ce confinement ? "Nous avons travaillé, avec l’ensemble de nos branches professionnelles, à réfléchir à des mesures sanitaires renforcées, pour pouvoir rouvrir. Si c’est au 1er décembre, il faut que les mesures de soutien soient à la hauteur des sacrifices qu’on demande à ces entrepreneurs. Les lumières de nos villes, ce sont les lumières des vitrines, surtout en ce temps de Noël. Je ne peux pas me résoudre demain à voir des villes mortes."

"Ce sont les gros mois d’activité pour beaucoup de commerces"

Pense-t-il que le 1er décembre arrivera assez vite ? "Il n’est jamais trop tard pour bien faire, donc le 1er décembre ce sera ce que ce sera. En attendant, il faut soutenir ces entreprises parce qu’elles ne pourront pas payer leur loyer du mois de novembre, parce qu’elles ont stocké pour certaines d’entre elles, parce qu’elles doivent payer leurs fournisseurs…"

Pour le patron de la CPME, "le gouvernement a toujours eu une démarche plutôt proactive et intelligente pendant toute la période du premier confinement". Mais "là, on se retrouve avec un deuxième confinement où les entreprises sont encore plus fragiles, et la problématique plus importante parce que ce sont les gros mois d’activité pour beaucoup de commerces. Il suffit d’un tout petit rien pour que ça tombe : il y en a 220.000 qui vont fermer le rideau par décision administrative qui leur interdit de travailler !"

"J’invite, comme le ministre de l’Économie, les bailleurs à faire des efforts", demande François Assselin. "Mais parfois, le bailleur, c’est l’ancien commerçant, l’ancien artisan, pour qui son magasin qu’il loue, c’est sa retraite ou l’essentiel de leurs revenus. Ceux qui peuvent faire un geste doivent le faire, parce qu’ils auront besoin ensuite d’avoir quelqu’un de solvable pour payer le loyer."

Deux fois plus de fermetures prévues l'an prochain

Quelles seront les conséquences de ces fermetures forcées ? "Dans l’habillement, la période de novembre, décembre et janvier, c’est à peu près 40 % de l’activité de toute l’année. S’ils ne font pas ce chiffre d’affaire, ils ne pourront pas s’en remettre. Même quand vous avez ouvert en été, il n’y a pas eu d’afflux de clientèle qui ont permis de se refaire une santé économique. Quand vous ne voyez aucune lumière au bout du tunnel, vous désespérez : c’est pour ça qu’il faut les soutenir."

Pire, à plus long terme, il prévoit de nombreuses fermetures durant l'année 2021. "En année normale, à peu près 50.000 entreprises déposent le bilan. Là, on va avoir un doublement sur l’année 2021 : environ 100.000 entreprises en France ont aujourd’hui moins d’un mois de trésorerie. L’angoisse monte très fort, c’est pour ça qu’il faut que les mesures de soutien soient à la hauteur."

Comprend-il pour autant la nécessité d'arrêter l'activité pour lutter contre la propagation du virus ? "Les commerçants ont été exemplaires en termes de mesures sanitaires, donc oui on l’a très mal pris. Avec en plus le match essentiel/non-essentiel… Lorsqu’on paye la TVA, lorsqu’on embauche, on est essentiel à toute la nation."

  • Légende du visuel principal: François Asselin, président de la CPME © AFP / Bertrand GUAY / AFP
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  • François AsselinPrésident de la CPME - Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises est une organisation patronale interprofessionnelle
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