Florence Parly, ministre des Armées, est l'invitée de Léa Salamé à 7h50.

La crise de l'OTAN

"Cette question sur l'Alliance atlantique n'est pas nouvelle. Le président de la République nous fait partager des réflexions que, je crois, beaucoup avaient amorcées eux-mêmes " estime la minstre des armées. Le chef de l'Etat français avait estimé que l'OTAN est en état de "mort cérébrale".    "La crise que le président de la République décrit est déjà bien visible depuis deux ans", souligne encore la ministre.

"Cette crise politique et stratégique est réelle", notamment depuis les déclarations du président Trump, menaçant ses alliés de désengagement.

La ministre des armées, souligne la crise que traverse l'institution. Le président américain a demandé dès le mois de mai 2017, une augmentation des dépenses de défense des membres de l'OTAN ("sinon je ferai mon propre truc" avait-il déclaré). D'autre part, la Turquie s'est engagée en Syrie, de son propre chef, sans consulter les alliés membres de l'OTAN, comme il se doit.  "L'objectif, c'était de remettre à l'ordre du jour ces questions, à la veille d'un sommet programmé à Londres au début du mois de décembre [ndlr : les 3 et 4 décembre] pour célébrer les 70 ans de l'Alliance", précise encore la ministre. "Les réunions préparatoires, auxquelles j'ai participé, montraient que la machine "otanienne" était penchée sur des questions de second ordre".

La question qui se pose aujourd'hui est aussi celle de l'application de l'article 5 du traité de l'OTAN, qui dit que quand un allié est attaquée, "en Europe ou en Amérique du Nord, elle sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence, elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique-Nord."

L'Europe et la souveraineté en matière de défense

Depuis deux ans Emmanuel Macron "insiste sur la défense européenne", explique la ministre des armées, et demande "que l’Union prenne en charge une politique" qui n''était pas dans son registre jusqu’à présent.

Il y  aura demain un fonds européen de défense

Interrogée en particulier sur une souveraineté européenne en matière de défense nucléaire, Florence Parly estime qu'"il y a  énormément d’étapes à franchir, c’est ce à quoi nous travaillons".

"Pas de retour précis de djihadistes" 

"Nous avons un protocole avec la Turquie, le protocole Cazeneuve. Il permet, lorsque des situations de ce type se produisent, de rapatrier des terroristes", explique ce lundi sur France Inter la ministre des Armées Florence Parly. 

Ankara doit commencer ce lundi à renvoyer dans leurs pays les membres étrangers du groupe Etat islamique (EI), y compris européens, qui sont actuellement détenus en Turquie.    

Y a-t-il des Français parmi ces djihadistes ? "Je n'ai pas connaissance, pour le moment, d'un retour précis de terroriste de la part de la Turquie", assure la ministre. "Mais nous avons un protocole. C'est parce que nous ne voulons pas être confronté à des retours "sauvages" de terroristes que ce protocole a été organisé et conclu".    

Si Florence Parly loue la coopération avec Ankara sur ce dossier, elle regrette l'offensive turque dans le nord-est de la Syrie le mois dernier, contre une milice kurde qu'elle qualifie de "terroriste" mais qui a été le fer de lance de la lutte contre l'EI avec l'appui des pays occidentaux. "Nous considérons que cette offensive était très dommageable, d'une part à la lutte contre Daech que nous menons depuis cinq ans, d'autre part à la sécurité des terroristes qui sont emprisonnés", estime la ministre. "Les Kurdes syriens continuent d'assurer, partout où c'est encore possible, la protection de ces terroristes et nous veillons à ce que ceux-ci restent en sécurité". 

Plusieurs djihadistes français sont détenus par les Kurdes. "Je n'ai pas à révéler de nombre" de ressortissants français, a coupé Florence Parly.

Le film "J'accuse" a été projeté en avant-première lundi 4 novembre à l'Ecole militaire [à Paris] en présence de nombreux hauts gradés dont le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre. "Il me semble essentiel que les armées regardent l'Histoire en face et elles l'ont fait en soutenant la réalisation de ce film, en y apportant une contribution active", assure Florence Parly.

"Beaucoup a été fait pour la réhabilitation du capitaine Dreyfus, mais c'est encore insuffisant", a estimé ce lundi sur France Inter la ministre des Armées Florence Parly, alors que le film "J'accuse" de Roman Polanski, sur l'affaire Dreyfus, sort ce mercredi 13 novembre en salle.    

"Lorsque j'ai prononcé un discours pour la commémoration de la rafle du Vél d'hiv [ndlr : en juillet dernier], j'ai indiqué que l'on pouvait encore imaginer des choses", sans avancer de mesure précise. Interrogée sur une possible réintégration du capitaine Dreyfus au grade de général, elle réplique que "plusieurs options seront sur la table". 

"Il ne faut pas confondre le temps du film et le temps du devoir mémoriel auquel la République devra sans doute se confronter encore", estime la ministre.    

  • Légende du visuel principal: Florence Parly © AFP / Jeff Pachoud
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