Le professeur Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l'Hôpital Robert Debré, est l'invité de Léa Salamé à 7h50.

"Les familles ont commencé, au bout d’une semaine, à nous appeler en nous disant “on est tendu, notre enfant dort moins, il a régressé dans ses acquisitions”", explique Richard Delorme. "On a donc décidé de faire un site Internet pour pouvoir parler à nos patients. Au bout d’une semaine, on avait 20.000 connexions sur ce site, et on s’est aperçu que ce message ne parlait pas simplement à nos patients mais aussi tout simplement aux parents."

Établir un emploi du temps adapté et s'y tenir

Comment expliquer aux enfants qu’ils ne retrouveront pas l’école tout de suite ? "C'est extrêmement important de pouvoir leur en parler, de pouvoir continuer le lien avec les familles. On est dans un confinement 2.0, il faut utiliser les outils modernes pour communiquer avec les autres enfants de la classe. C’est un enjeu majeur. Ce qui est le plus difficile, c'est les changements, c’est eux qui créent un stress aigu. Aujourd’hui le stress monte : les enfants paient le tribut de ce confinement, on ne les voit plus. L’école fait un travail majeur, mais on ne les voit plus, ils ne sortent plus dans la rue… Ils sont extrêmement tendus."

"L’enjeu majeur, c’est de pouvoir remettre un cadre qui permette que l’enfant se retrouve", précise le pédopsychiatre. "Se lever à une heure raisonnable, pouvoir s’habiller, éviter de commencer les jeux vidéo le matin, avoir des repas qui ponctuent la journée… Ce sont des lignes assez simples, mais casser le rythme c'est entraîner l’enfant dans beaucoup de stress. Il faut pouvoir faire du sport ensemble, pouvoir sortir. Quand je suis dans la rue, je vois beaucoup d’adultes joggers, mais ils oublient leurs enfants, ils oublient qu’eux aussi ont besoin de sortir. Il faut pouvoir leur donner un planning pour baisser leur niveau d’anxiété."

Des parents désarçonnés

Les parents peuvent aussi subir cette présence continue des enfants. "Ils avaient l’habitude de vivre avec leurs enfants quelques heures, là ils sont devenus des professionnels de l’enfance, qui vivent avec leurs enfants 24h/24 ! Ils ont besoin eux aussi de nouveaux repères. Ils sont aussi perdus que les autres. La violence, c'est catastrophique, on essaie de la prévenir en donnant de nouveaux outils aux parents pour faire face à des situations auxquelles ils ne sont pas habitués."

"Ce qui est important c’est les emplois du temps : pouvoir expliquer à ses enfants qu’il y a des temps où l’on est en télétravail et des temps où on est là pour eux. Pouvoir déterminer ces temps, ça permet qu’il y ait des temps où les enfants sont en autonomie et des temps où l’on partage des choses ensemble."

Inégalités sociales et travail à la maison

Comment va se passer la reprise de l'école, pour des enfants qui ne sont pas égaux quand il s'agit d'apprendre à la maison ? "Tout le monde sera au même niveau de difficulté, et les programmes vont s’adapter. Mais il est évident qu’au-delà de la crise sanitaire, il y a une crise sociale, une crise des difficultés : on est dans un plus petit appartement, on a moins accès à l’information, ça crée un retard encore plus fort  pour certaines familles."

"On ne fait pas des fiches juste pour l’élite, on donne des conseils pratiques", précise Richard Delorme. "On a écrit une fiche qui s’appelle “vivre seul lorsqu’on est tous ensemble. On essaie d’aider les familles, quand elles ont une seule pièce avec plusieurs enfants, à pouvoir aussi avoir des zones où ils sont seuls. On peut faire un temps ludique, où l’enfant construit une cabane. On peut aussi se réfugier en écoutant un peu de musique au casque. Des choses très simples qui permettent d’avoir un moment à soi. Trouver des solutions, c’est aussi savoir se mettre en retrait, dire à l’enfant qu’on a besoin de 15 minutes tranquille."

"Deux heures par jour" maximum d'écrans

Quid des écrans, auxquels les enfants sont encore plus exposés qu'avant ? "L’objectif est de pouvoir déterminer des règles : il s’agit pas d’avoir un enfant qui joue jusqu’à 4h du matin ou qui va jouer dès la matinée. Bien évidemment il faut être plus laxiste sur les activités : il faut que les parents se donnent un peu de temps pour sortir avec leur enfant, pour faire des activités physiques. Chaque famille doit faire son planning : il y a des familles où l’on ne jouait pas, d’autres où l’on jouait deux heures… Il faut un système qui évite qu’il y ait des conflits à la maison. Les règles c’est plutôt deux heures par jour, pour certaines familles ce sera une heure par jour."

Lien vers le site internet : https://www.pedopsydebre.org/

  • Légende du visuel principal: HOPITAL ROBERT DEBRE © AFP / IMAGE POINT FR
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