François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), est l'invité de Léa Salamé à 7h50.

"Emmanuel Macron a été dans son intervention relativement clair sur le calendrier : nous savons maintenant globalement ce à quoi il faut s’attendre", s'est rassuré François Asselin. "Jusqu’au 11 mai, le pays est sur la touche pause en matière économique, avec ce flou sur comment aller travailler sans protection physique pour nos salariés. Et après le 11 mai, j’ai compris que nous allions pouvoir progressivement reprendre l’activité avec des protections individuelles pour tout le monde. Au-delà, il faudra apprendre à vivre avec ce virus, et ça c’est la moins bonne nouvelle."

"Autant que je reste fermé, sinon je vais faire faillite tout en ouvrant"

Tous les commerces ne seront pas forcément sur le même calendrier : "Tout ce qui est non alimentaire devrait progressivement avoir une permission d’ouverture. Mais quand bien même pourrions-nous ouvrir ces commerces, y aura-t-il des clients ? C’est la vraie question. Je discutais hier soir avec un adhérent de la CPME, qui a un magasin d’ameublement, et qui me disait “moi si j’ouvre mon magasin après le 11 mai, il faudra que je paye mon personnel, que je prenne des mesures barrières donc nettoyer toutes les deux heures mon magasin, c’est des coûts très importants, et si je ne vois pas un client je ne ferai pas de recette : autant que je reste fermé, sinon je vais faire faillite tout en ouvrant". On est dans une zone qui est extrêmement complexe en matière économique, sans aucune visibilité, parce qu’on est comme tous les Français : on ne sait pas quels seront les comportements."

Du côté du tourisme, des cafés, des restaurants, ce sera notamment beaucoup plus compliqué, pour le président de la CPME. "Ce qu’on a compris, c’est que [la réouverture] serait plutôt à partir du mois de juillet, de la mi-juillet. Mais là encore, est-ce que les Français, par exemple en matière de tourisme, vont s’amuser dès aujourd’hui à réserver leurs vacances du mois d’août ? Ce qu’on constate c’est que les professionnels du tourisme aujourd’hui sont à zéro de chiffre d’affaires. Au-delà du report de charges, il faudra évidemment envisager l’annulation des charges."

"S’il n’y a pas d’aide directe, ils ont zéro revenu"

"Lorsque nous serons dans une période où nous pourrons reprendre la vie comme avant, si vous ne voulez pas des villes entières avec des rideaux baissés, il faut soutenir ces petites entreprises et leurs dirigeants", demande François Asselin. "Ce sont des indépendants, ce qu’on appelle des travailleurs non salariés, qui n’ont pas de fiche de paye. S’il n’y a pas d’aide directe, ils ont zéro revenu. Et il faut quand même pouvoir s’alimenter."

Il faut donc, pour lui, que tout le monde joue le jeu, y compris les assurances. "Il faut, dans la partie collective que nous sommes en train de jouer, que tout le monde soit au rendez-vous de l’histoire : les assureurs comme les banquiers. On a regretté que, lorsque l’économie s’est arrêtée, certains cherchaient globalement à rester un peu perchés. Pour autant, les assureurs ont réagi, commence à réagir, ne serait-ce que par des reports de prime, ou en laissant les garanties en place pour ceux qui ne payent pas leur prime. On aurait aimé que tout cela soit beaucoup plus proactif, mais il est toujours temps de bien faire."

Quid de l'aide annoncée par Emmanuel Macron ? Elle est insuffisante, pour François Asselin : "Cette aide va à l’entreprise. Si un coiffeur est à découvert sur son compte personnel, ces 1.500 euros seront captés par la banque : donc ça ne va pas changer son problème personnel de revenus qu’il n’a plus. Cette aide est nécessaire, indispensable mais pas suffisante. À la CPME, on a fait en sorte d’actionner un remboursement de cotisations sur la caisse complémentaire de retraites des indépendants. Ils auront fin avril une aide directe, plafonnée à 1.250 euros, suivant le montant de la cotisation des années précédentes. Pour autant ça ne suffira pas."

"Aujourd’hui, vous avez plus de 8 millions de salariés du secteur marchant qui sont pris en charge par le chômage partiel. C’est près de la moitié de l’emploi salarié, c’est considérable."

Travailler plus pour relancer plus ?

Sur les propositions du Medef pour revenir notamment sur le temps de travail, il estime que cela mérite réflexion : "On a aujourd’hui une situation où l’on ne sait pas quand et comment on pourra pleinement redémarrer. On risque de ne pas avoir du travail pour tous les salariés. Par contre, viendra un temps où évidemment l’activité reviendra. Il faudra peut-être se poser à un moment la question : qu’est-ce que je peux faire moi avec mon entreprise, en tant que salarié, pour donner à mon pays ce qu’il m’a donné dans un moment difficile. On peut très bien imaginer que demain, collectivement, il faille se poser cette question, parce que la dette sera tout sauf virtuelle."

  • Légende du visuel principal: François Asselin © AFP / Martin Bureau
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  • François AsselinPrésident de la CPME - Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises est une organisation patronale interprofessionnelle
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