Le Professeur Bruno Riou, doyen de la Faculté de médecine, directeur médical de crise de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris est l'invité de Léa Salamé. Il estime que l'absence de décision forte du gouvernement fait que les hospitalisations et réanimations sont condamnées à augmenter ces deux prochaines semaines.

"La situation n’est pas encore hors de contrôle, mais elle va l’être", explique le professeur Bruno Riou. "J’entends beaucoup dire qu’une semaine sans confinement est une semaine gagnée, pour moi c’est une semaine perdue, notamment lorsqu’on considère le nombre de décès, le nombre de patients en réanimation dont il faut rappeler qu’un sur quatre décédera et certains garderont des séquelles. Quand on considère aussi l’ensemble des contaminations : je vous rappelle que l’ensemble des Covid longs toucheraient un sur dix de ces patients : on est à 4 millions de contaminations, ça veut dire que 400.000 Français vont avoir un Covid long. Et puis il y a tous ceux qui n’ont pas de Covid, mais pour qui les déprogrammations, les non-dépistages de cancer, vont poser d’énormes problèmes. Les conséquences sont considérables."

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Sommes-nous dans la même situation qu'avant le premier confinement ? "Le principal point de différence avec la première vague, c’est qu’on essaie de maintenir un équilibre précaire entre patients Covid et non-Covid. Mais il faut bien comprendre que chaque fois qu’on déprogramme, comme c’est pour construire des lits de réanimation qui fonctionnent 24h/24, il faut déprogrammer trois fois plus pour ouvrir un seul lit de réanimation."

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"Un patient sur quatre ne sortira pas de réanimation"

"On n’est pas au même niveau [qu’au moment du premier confinement], mais on n’est pas non plus dans les mêmes conditions", précise-t-il. "Pendant le premier confinement “dur”, toute la vie était arrêtée, on n’était pas dans un “confinement souple”. Il n’y avait plus de véhicules dans la rue, donc plus d’accidents de voiture, donc plus de traumatisés graves qu’il faut prendre en charge aujourd’hui. On avait aussi peu de régions très touchées par rapport à aujourd’hui."

Pourtant, comme l'expliquait Thomas Legrand se basant sur des discussions avec des conseillers de l'Élysée, la mortalité serait moins importantes car les patients plus jeunes. Totalement faux, répond le professeur Riou : "La mortalité a un peu baissé mais elle reste lourde pour ces patients : un sur quatre ne sortira pas de réanimation. Le problème est assez simple à comprendre : avec le variant anglais, l’épidémie progresse à toute vitesse surtout sur les jeunes, de 20 à 60 ans. Ces patients “jeunes”, lorsqu’ils arrivent en hospitalisation et qu’ils s’aggravent, ils ont 100 % de chances qu’on les prenne en réanimation car ils ont peu de comorbidités."

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Comment se déroulent les transferts de patients et vont-ils suffire à ralentir la saturation des hôpitaux ? "On a une expérience très importante de ces transferts, plus de 1.000 patients ont été transférés d’une région à l’autre au cours des différentes vagues. Les SAMU transfèrent des patients en interrégional au quotidien depuis très longtemps ! C’est quelque chose qui est organisé de manière très sécurisée pour les patients, avec des critères au niveau national pour sélectionner les patients pour lesquels le risque est approprié. Il n’y a eu aucun incident à regretter sur ces transferts."

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"Chaque semaine qui passe est une semaine perdue pour tout le monde"

"Ces transferts sont destinés à être une soupape de soulagement. À partir du moment où l’on n’a pas de vision sur ce qui va se passer dans les semaines qui viennent, puisqu’il n’y a pas de décision importante qui vient modifier la courbe de l’épidémie, on utilise une partie de notre arsenal thérapeutique probablement un peu tôt par rapport au débordement qui risque d’arriver. Ces transferts ne vont pas pouvoir se faire avec la même intensité : le nombre de places dans les autres régions va être limité, les familles vont être réticentes, on va donc avoir du mal à trouver suffisamment de patients à transférer. En l’absence de décision importante, les 15 jours qui viennent en hospitalisation et réanimation sont déjà écrits, puisque ce sont les contaminations qui ont lieu maintenant. Toute décision qui sera prise n’aura d’effet, au plus tôt, que dans 15 jours sur les lits de réanimation."

"Aujourd’hui, il faut considérer que chaque semaine qui passe est une semaine perdue pour tout le monde", lance le professeur Bruno Riou. "Pas seulement sur le plan sanitaire : elle est aussi perdue pour les étudiants, pour les artistes, pour les restaurateurs… Et elle a un coût sanitaire considérable. Il n’y a que deux traitements qui sont connus comme efficaces aujourd’hui : le confinement et la vaccination. Or cette dernière n’aura des effets que dans plusieurs mois, alors que là, on raisonne en termes de semaines."

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"Nous n'avons pas réussi à inverser la courbe"

Il estime que "face à une crise, quelle qu’elle soit, c’est pas la crise qui s’adapte aux plans, c’est les plans qui doivent s’adapter à la crise. C’est un principe important de gestion de la crise. La stratégie utilisée a permis de contenir en partie la progression exponentielle de l’épidémie, mais c’est un échec relatif, parce que le virus a muté, le variant anglais a des capacités de contagiosité plus importantes. Il faut donc revoir la stratégie. Nous n’avons pas réussi, ces dernières semaines, à inverser la courbe des contaminations et des admissions en réanimation."

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Enfin, que pense-t-il de la polémique autour de l'arrêt par plusieurs pays, au nom du principe de précaution, du vaccin AstraZeneca ? "Au niveau de l’incidence des thromboses, vaccinés ou pas vaccinés, il n’y a pas de différence", autrement dit il y en aurait eu autant en l'absence de vaccination. "Donc il n’y a pas lieu de procéder à des arrêts de cette vaccination. C’est comme si on disait : il y a eu un accident de voiture chez un vacciné, on va interdire la conduite ou supprimer la vaccination. Ça n’a aucun sens."

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  • Légende du visuel principal: Le professeur Bruno Riou © AFP / Jacques Demarthon
Les invités
  • Bruno RiouDirecteur médical de crise de l'AP-HP sur le coronavirus Covid-19
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