Sébastien Bazin, PDG du groupe hôtelier Accor, est l'invité de Léa Salamé à 7h50. Il annonce mettre à disposition une partie de ses hôtels pour accueillir des malades sans symptômes mais contaminants.

"Ça a été décidé hier soir", annonce le président du groupe Accor. "On avait lancé il y a trois semaines avec l’APHP une plateforme de réservation pour le personnel soignant, pour les femmes battues et plein d’autres personnes. Il y avait eu 25.000 personnes en l’espace de 20 jours dans les hôtels du groupe Accor. On va plus loin : hier soir l’APHP a décidé, avec les collectivités territoriales, notamment la mairie de Paris et la Seine Saint-Denis, de lancer trois pilotes sur l’Ile de France. Ils nous ont demandé si l’on pouvait déjà mettre des hôtels à disposition dès ce soir pour des personnes atteintes du virus et asymptomatiques, mais qui sont contaminantes. La seule condition, c’est que mes propriétaires hôteliers soient d’accord. On a appelé certains propriétaires et on a déjà aujourd’hui plus de 300 hôtels qui ont dit oui et qui sont volontaires pour aider le monde médical. Ce sera au prix coûtant de la chambre, entre 30 et 50 euros." Il ne sait pas en revanche qui réglera cette note.

En revanche il y aura des précautions particulières. "Les mesures de sécurité sanitaire seront renforcées avant, pendant et après, puisque ces hôtels sont destinés à rouvrir, donc à accueillir des clients. Je ne veux pas qu’ils aient la trouille d’aller dans un hôtel qui a servi à ceux qui en ont le plus besoin. On sait faire, il faut juste apprendre de ce qui a été fait ailleurs dans d’autres pays."

"Ce n’est pas moi qui peut décréter quand un pays peut rouvrir"

Comment a-t-il réagi en apprenant pendant l'allocution d'Emmanuel Macron que le secteur du tourisme ne rouvrirait pas tout de suite ? "Il y a eu deux sentiments très clairs [quand il a appris que les hôtels ne rouvriraient pas le 11 mai] : l’un pendant lequel j’étais effaré, furieux, terriblement agacé, je me disais qu’on n’avait pas le droit de gâcher en plus la saison touristique ; puis un deuxième sentiment plus réfléchi, où je me suis dit qu’il avait beaucoup d’informations que je n’ai pas, que ce n’est pas moi qui peut décréter quand un pays peut rouvrir et quand la crise sanitaire est derrière nous. Donc on ne va pas gueuler, ça ne sert à rien, on va juste décider d’intervenir, d’accompagner un certain nombre de mesures, de dessiner ce que peut être la reprise et de faire des propositions concrètes."

"J’espère qu’entre le 22 avril et début mai, les propositions du groupe Accor seront entendues", explique Sébastien Bazin. "J’espère que ce ne sera pas la mi-juillet et qu’on va nous autoriser à rouvrir les réservations pour l’été à partir du 1er juin. Qu’on prenne des réservations, que les gens aient envie de revenir dans des hôtels en France. Et s’il y a des arrhes qui sont payées, et que ce ne serait pas le 1er juin mais le 30 juin, on remboursera les arrhes pour ceux qui ont réveillé dans cette période. Il est grand temps de se projeter en avant et d’arrêter de regarder ses chaussures."

Il rappelle d'ailleurs que "la date évoquée de mi-juillet, c’était pour les grandes manifestations. Dans la phrase d’après, il a dit que les cafés, hôtels, restaurants resteraient fermés à ce stade."

Vers une relance massive du tourisme en France ?

Est-ce qu’il y a suffisamment de clients en France pour relancer l'industrie du tourisme après le confinement ? "Évidemment oui", assure le PDG d'Accor. "Il y a 70 millions de Français qui ne connaissent pas bien la France, il est grand temps qu’ils découvrent l’un des plus beaux pays du monde. Dans toutes les régions nous avons des hôtels : on n’ira pas à l’étranger mais on restera chez nous, on y sera très bien et on sera très contents de découvrir les Pyrénées ou la côte Atlantique. Si on veut bien rouvrir les canaux de réservation, je vous promets qu’on aura des Français dans nos hôtels. Est-ce qu’on a la trésorerie pour tenir ? Oui, heureusement, le groupe Accor a 2,5 milliards d’euros de trésorerie pour débuter l’année, donc oui ça suffit. On espère qu’elle sera la moins longue possible."

D'ailleurs les hôtels ne sont pas si à l'arrêt que cela : "C’est très étonnant : 90 pays sur 100 pays dans lesquels nous sommes dans le monde sont fermés aux voyages. Mais en même temps, sur la France, où nous avons 1700 hôtels, il y en a 300 qui sont ouverts. Parce qu’ils facilitent la vie des transporteurs routiers, du personnel soignant… J’aurais pensé il y a dix jours que nous n’aurions que 20 hôtels ouverts en France, ce n’est pas le cas."

Un fond de soutien avec les dividendes abandonnés

Quid des salariés du groupe dans des hôtels à l'étranger, en chômage total ou partiel ? "On est le plus disponible possible [pour eux]. Ils sont passés de 100 % de salaire à 20 % de salaire dans certains pays. Donc on a décidé qu’on n’allait pas les laisser tomber, et on a mis en place un fond de soutien de 70 millions d’euros, qu’on a pris sur les dividendes qu’on n’a pas payés. On fait en sorte que 100 % d’entre eux puissent bénéficier d’une couverture médicale, hospitalière, financière. On a renoncé aux dividendes il y a 10 jours, on s’est dit qu’il fallait donner un sens à ce renoncement."

  • Légende du visuel principal: Sébastien Bazin © AFP / Betrand Guay
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