Marion Bartoli, joueuse de tennis, victorieuse à Wimbledon en 2013, est l'invitée de Léa Salamé à 7h50.

Marion Bartoli en décembre 2017
Marion Bartoli en décembre 2017 © AFP / Bertrand GUAY

Au lendemain du début de l'Open d'Australie, Marion Bartoli revient depuis Melbourne sur le harcèlement sexuel dans le monde du tennis, sa propre descente aux enfers après son titre à Wimbledon, et son retour prochain à la compétition. 

Pourquoi elle a arrêté sa carrière

"J'ai pris cette décision quand je suis tombée gravement malade en 2016, tombée à un poids extrêmement faible qui m'a empêché de jouer le tournoi des Légendes à Wimbledon".

"Ont suivi quatre mois d'hospitalisation avec une période extrêmement difficile pour moi à gérer, pendant laquelle, je me suis juré - si un jour je retrouvais la santé - d'essayer de revenir sur le circuit professionnel. Ça été difficile d'arrêter là, je commençais à récolter tous les fruits de mon travail, je venais de gagner un tournoi du Grand Schlem, et je voulais continuer à gagner encore plein de choses, mais ça s'est arrêté du jour au lendemain....".     

Le retour sur les courts : un risque ?

"Je n'ai pas l'impression de prendre un risque mais de revivre au quotidien, avec un programme quotidien d'entrainement assez intense, j'ai l'impression d'effacer toute cette mauvaise période, toutes les difficultés psychologiques que j'ai dû endurer, j'ai l'impression de revivre et de m'épanouir dans ce que je fais. J'adodre jouer au tennis, être sur un terrain en train de jouer un match, même difficile, je l'ai fait pendant 15 ans et j'ai vraiment envie de le refaire". 

Les résultats que j'ai obtenus auparavant, personne ne pourra me les enlever 

"Gagner Roland Garros, évidemment ce serait un rêve même si la terre battue n'est pas ma meilleure surface. Dans mes rêves les plus fous, il y a un autre tournoi du Grand Schlem, et puis il y a la Fed Cup qui est un immense objectif pour moi, et j'ai envie d'aller aux JO de 2020 à Tokyo, je n'ai jamais pu aller jusqu'aux JO et c'est un grand regret pour moi".

Des messages de soutien...mais pas des concurrentes   

"J'ai reçu des messages de Serena et Venus Williams, de Monica Seles... du coté des joueuses françaises, ça été un peu plus mitigé, voire néant. Par contre les joueurs français ont été très sympathiques avec moi, via des tweets ou des messages personnels. Malheureusement chez les filles, la concurrence est quand même assez rude".   

La cassure

"Il s'est passé deux choses conjuguées : d'abord un ex-petit ami assez méchant au quotidien, qui me disait que j'étais grosse, en surpoids, et chaque fois qu'on croisait une fille dans la rue qui était beaucoup plus mince, me disait : 'Regarde comme elle est belle, mince et grande'. Une fois, deux fois, dix, quinze fois : je me suis dit 'pour que ça s'arrête il faut que je mincisse'. Comme je ne fais jamais les choses à moitié, je me suis effectivement fixé cet objectif. Pour que les brimades s'arrêtent au quotidien, je voulais le faire le plus vite possible : j'ai commencé mon régime à 72-75 kg, je suis descendu à 52 kg, un poids extrêmement faible pour moi, très difficile à tenir.   

Je l'ai quitté en octobre 2015, avec ce poids-là, et j'ai fait ce voyage en Inde en février 2016. Rentrée en Europe, j'ai eu 15 jours de fièvre à 40°, reperdu pas mal de poids, et ensuite je n'arrivais plus du tout à m'alimenter. Je suis descendu à 41 kg".  

Des séquelles psychologiques

"J'ai eu très longtemps des séquelles psychologiques : d'avoir quelqu'un qui, au quotidien, vous explique que tout ce que vous faites c'est pas bien, jamais assez bien, que lui fait beaucoup mieux, j'avais perdu complètement confiance en moi, même perdu l'envie de jouer au tennis.

A chaque fois qu'on jouait au tennis ensemble, il essayait de me battre. J'avais gagné Wimbledon et lui était banquier, donc c'était assez ridicule. Il m'avait tout enlevé, même ce plaisir-là  

"C'est facile de l'extérieur, de juger en disant : 'elle aurait dû partir plus tôt'. Dans la relation c'est difficile de s'en apercevoir : c'est tellement systématique que vous finissez par l'accepter, avec l'impression que c'est normal".

C'est le jour où il m'a demandé en mariage, que je suis partie en courant. Il a fallu ce choc pour me faire prendre conscience que [...] vous avez accepté des choses inacceptables 

"Le tennis feminin est le sport féminin le plus médiatisé. La com' autour de nous c'est beaucoup sur le physique, l'apparence. Serena Wiliams est la pionnière pour montrer qu'une femme est belle en train de jouer, quel que soit son physique, sa taille, sa couleur de peau."

Si mon histoire personnelle peut servir d'exemple à d'autres, j'en serais très heureuse

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