Cofondateur et ancien dirigeant de la radio l'Echo de Moscou, l'un des médias encore autorisés à travailler librement en Russie, Youri Fetoudinov est l'invité de Nicolas Demorand à Moscou.

Youri Fetoudinov est le cofondateur de la radio l'Echo de Moscou, l'une des rares à pouvoir encore travailler librement dans une Russie où les médias sont strictement encadrés ? Pas vraiment, selon lui : "Il est désormais impossible de contrôler le web, et celui-ci est activement présent sur le territoire russe. Il y a de nombreux médias web qui essaient de maintenir la balance entre l'objectivité et, comme on dit, une ligne à ne pas dépasser. Les autorités en sont parfaitement conscientes", explique-t-il, ajoutant que c'est surtout la télévision qui est aujourd'hui extrêmement contrôlée. 

"La télévision essaie comme une girouette de deviner ce que sera le président de demain : elle rajoute de la gloire"

Comment travailler librement ? "La liberté se négocie en permanence, avec énormément d'interlocuteurs, pas seulement au Kremlin, avec aussi l'administration de Moscou aussi par exemple". Youri Fetoudinov note aussi que certains médias arrivent à passer entre les mailles du filet : "A Nijni Novgorod, il y a une radio qui a fait un reportage extrêmement courageux sur un rassemblement de l'opposant Alexandre Navalny, il y a deux semaines. Elle fonctionne toujours", se félicite-t-il. 

Pour sa part, Youri Fetoudinov, même s'il siège toujours au conseil de surveillance du média qu'il a créé, en a été limogé il y a quatre ans, "pendant les olympiades de Sotchi et l'occupation de la Crimée, parce que la radio disait ce qu'elle avait à dire (...) On était sûrs que ça tournerait mal, ça a mal tourné pour le pays, y compris au niveau international", même si "à l'époque beaucoup de choses étaient encore permises, on avait dit qu'il y avait des gens armés en Crimée qui étaient visiblement des forces armées russes". 

Comment l'homme de média interprète-t-il l'action de la Russie à l'international ? "Ce que j'observe c'est que le pays de renferme de plus en plus sur lui-même : c'est une bonne stratégie pour se maintenir au pouvoir". Il émet l'hypothèque que le président russe "demande à la communauté internationale de le prendre en considération (...), c'est une tentative de faire parler de soi". Il note également des dérives inquiétantes : "Quand la télévision dit qu'après la débâcle de l'URSS la Russie a perdu 26% de son territoire, c'est inquiétant, parce que ce n'est pas la Russie, c'est l'URSS, un pays qui n'existe plus"

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Youri Fetoudinov dans le studio de France Inter à Moscou © Radio France / Capture d'écran
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