Julia Cagé, professeure d'économie à Sciences Po Paris, auteure avec Benoit Huet de "L'information est un bien public" (Seuil), est l'invitée de 7h50.

"Je pense qu’aujourd’hui, on est à un tournant historique", estime l'économiste. "Jamais le paysage médiatique n’a été autant bouleversé, jamais on n’a vu autant de coups portés contre l’indépendance des journalistes, jamais autant de changements d’actionnariat. Tout ça s’est accéléré ces derniers mois et ce n’est pas un hasard, à quelques mois de l’élection présidentielle. Face à ça, beaucoup pensent que c’est une forme de fatalité, qu’on serait condamnés à regarder Vincent Bolloré et Bernard Arnault jouer une partie de poker menteur pour savoir qui va le mieux démanteler l’empire Lagardère. Mais quand on parle de Paris Match, du JDD, d’Europe 1, d’abord on parle de femmes et d’hommes, de journalistes, mais aussi d’information, ce bien public si indispensable au bon fonctionnement de nos démocraties."

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"Cette surconcentration du secteur des médias n'est pas une fatalité. Nous avons écrit ce livre pour armer les journalistes, armer les citoyens, armer le législateur, pour que demain avec la loi, on ait les conditions de protection de l’indépendance des journalistes et la préservation du pluralisme des médias."

Avec son co-auteur Benoit Huet, elle propose une loi pour assurer réellement l'indépendance des médias et des journalistes. "Il y a plusieurs parties dans cette loi : d’abord une gouvernance démocratique, avec au moins une moitié de salariés dans les conseils d’administration des médias, dont au moins 2/3 de journalistes. Les meilleurs garants de l’indépendance des médias, ce sont les journalistes eux-mêmes. Nous voulons aussi que les directeurs de la rédaction proposés par ces conseils d’administration soient validés à au moins 60 % par l’ensemble des journalistes. Quand on voit des actionnaires s’en prendre directement aux journalistes, parfois les licencier comme ça a été le cas récemment par Vincent Bolloré, si on a un directeur de la rédaction soutenu par l’ensemble des journalistes, alors on crée une sorte de protection contre de tels comportements."

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"La troisième chose qu’on propose, c’est un droit d’agrément. Ça peut paraître très technique mais ça ne l’est pas : c’est la possibilité donnée aux salariés de se prononcer en cas de changement d’actionnaire majoritaire. Aujourd’hui encore, on a une partie de billard qui se joue, mais les journalistes n’ont pas du tout leur mot à dire, comme si les médias étaient des biens comme les autres."

Elle précise que "cette loi de démocratisation de l’information vise à améliorer le fonctionnement de ces médias. On ne veut pas nationaliser les médias d’information, mais poser les garanties de leur indépendance. Il faut mettre un certain nombre de balises."

"En France, on n’a pas repensé la propriété des médias depuis 1944."

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Julia Cagé estime aussi qu'il faut "refondre entièrement le système actuel des aides à la presse". "S’il y a un point d’accord entre tous les analystes, c’est que ce système est une accumulation, une espèce de mille-feuille d’héritages historiques que l’on n’a jamais repensé, et dans lequel les citoyens ont de moins en moins confiance. Il faut remettre les citoyens au centre du jeu. On prend les montants qui sont consacrés aujourd’hui aux aides à la presse, on les divise par le nombre de citoyens adultes, et on donne chaque année à chaque citoyen un bon d’indépendance de 10 euros, qu’il peut allouer au média de son choix."

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Qui va gagner dans l’affrontement entre Vincent Bolloré et Bernard Arnault, qui se disputent actuellement plusieurs médias français ? "Dans toute cette histoire, on sait qui va perdre si on ne fait rien. Ce sont les journalistes : ça a déjà été le cas en 2016 quand Vincent Bolloré, à travers Vivendi, a acheté i-Télé, qu’il a mise à genoux, faisant partir les ¾ des journalistes pour créer CNews. Mais ce sont aussi les citoyens : on voit bien qu’avec le passage d’i-Télé à CNews, on a perdu en termes de qualité et d’objectivité de l’information. Aujourd’hui, on regarde ça en se disant “tiens, Vincent Bolloré a créé le FoxNews français”, comme si c’était normal et qu’on ne pouvait que faire ce constat. Le problème, c’est que cette bataille se passe dans le secret des dieux, or les enjeux sont trop importants."

"Il ne s’agit pas de défendre la profession de journaliste, mais de nous défendre nous, citoyens, dans notre droit à être librement informés."

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"Les avantages liés à la possession de médias ne peuvent plus venir sans contrepartie", assure Julia Cagé. "Ces contreparties, c’est de mettre les journalistes au centre du jeu afin qu’enfin, leur indépendance soit protégée."

"Par la loi, on peut freiner quelqu’un comme Vincent Bolloré", rappelle-t-elle. "Il y a dans la loi le concept des seuils de concentration : si on pense que ces seuils sont trop importants aujourd’hui, et je pense qu’ils le sont parce qu’ils permettent à Vincent Bolloré de “faire les soldes”, il faut les changer. Il faut aussi donner cette possibilité aux journalistes d’avoir leur mot à dire. C’est au législateur que ça appartient !"

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"Ce qui serait normal, c’est que le ministère de la Culture définisse des règles claires, et qu’on ait un grand débat au Parlement, avec un projet ou une proposition de loi de démocratisation de l’information. Le fait qu’Emmanuel Macron passe un coup de fil à Vincent Bolloré ou Bernard Arnault, ça on devrait plutôt s’en inquiéter car ça remet en cause l’indépendance des médias."

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  • Légende du visuel principal: Julia Cagé © AFP / BERTRAND GUAY / AFP
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