L'invité de Léa Salamé est le Professeur Jean-Daniel Lelièvre. Il est chef de service des maladies infectieuses de l’Hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP), spécialiste de la vaccination, expert à la HAS (Haute Autorité de Santé) et auprès de l’OMS.

Pas un jour ne passe sans qu'un laboratoire annonce un nouveau vaccin ou un nouveau chiffre d'efficacité. Il y a 11 vaccins en phase 3, et "c'est plutôt une bonne nouvelle" selon le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l’Hôpital Henri-Mondor à Créteil : "Tous ces vaccins visent à induire le même type de réponse immunitaire. Si les deux premiers donnent des réponses qui sont très encourageantes, on peut s'attendre à ce que les neuf suivants donnent aussi des réponses honorables", explique-t-il. 

Même s'il alerte sur l'urgence des laboratoires à communiquer le plus rapidement leurs résultats, il rappelle qu'outre ces effets d'annonce "il y a la réalité scientifique sur laquelle nous, on veut s'établir, et qui montre que ces vaccins sont efficaces. Et on le voit très bien, puisque là on a eu en détail les résultats de Pfizer", laboratoire qui affirme que le vaccin est efficace à 95%. 

Quel vaccin choisir ? "Il n'y aura pas, à ce stade, de problème de choix" signale Jean-Daniel Lelièvre. "Il n'y aura pas des milliards de doses, on va en avoir quelques millions, et on aura besoin de tous les candidats vaccins. Le choix va se faire plus tard, sur le prix des vaccins, sur la possibilité de les garder à -70°C ou à 4°C", précise-t-il. S'ajoute à cela la question de la politique vaccinale, qui doit définir ceux et celles qui seront vaccinés prioritairement : "Il est évident que ce sont les sujets à risques et les plus de 70-75 ans qui seront prioritaires". 

Il note par ailleurs que les effets indésirables sont existants, comme pour tous les vaccins, mais "en médecine, tout est une question de balance bénéfices-risques, et les risques sont très faibles pour un bénéfice très évident pour les gens qui sont très à risques". 

L'étude qui parle d'une immunisation pendant au moins six mois est "fiable", selon le professeur : "On a eu les premiers résultats très rapidement, maintenant on comprend mieux. Si on regarde une infection proche, le SARS-CoV, on voit que les anticorps persistaient trois à cinq ans ; là on est en train de comprendre que les gens qui ont eu des formes graves ont eu des anticorps moins performants que ceux qui ont des formes moins graves. On peut s'attendre à ce qu'il y ait une immunité assez longue après l'infection".

Pourra-t-on se faire vacciner deux fois avec deux vaccins différents ? "Certains vaccins peuvent poser des problèmes d’efficacité lorsqu'on répète les doses. On pourrait envisager de changer de vaccin pour des rappels", indique Jean-Daniel Lelièvre. 

"Il est évident qu'il y a un problème d'adhérence à la vaccination en France", reconnait le spécialiste de la vaccination. "C'est pour cela qu'il faut faire attention à des chiffons rouges comme l'obligation vaccinale, il ne faut surtout pas agiter ce chiffon rouge". Selon lui, "à ce stade, on doit être contre la vaccination obligatoire : cela implique d'avoir du recul sur une vaccination, qu'elle est efficace à 100%, qu'elle n'a pas d'effets indésirables et qu'elle va vous protéger et également protéger les autres. Il nous manque tous ces éléments pour dire qu'il faut un vaccin obligatoire". 

Mais même si "on n'a pas tous les éléments en notre possession (...), on a énormément d'arguments, et la balance en faveur de la vaccination est évidente". 

  • Légende du visuel principal: Jean-Daniel Lelièvre dans le studio de France Inter © Radio France / France Inter
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