Après l'assassinat d'un professeur du collège Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, Lionel, parent d’élève et lui-même professeur d’histoire-géographie, et un élève de sixième de l'établissement, sont les invités de 7h50.

Dans le rassemblement organisé Place de la République, à Paris, en hommage à Samuel Paty, enseignant assassiné à Conflans Saint Honorine (18 octobre 2020)
Dans le rassemblement organisé Place de la République, à Paris, en hommage à Samuel Paty, enseignant assassiné à Conflans Saint Honorine (18 octobre 2020) © AFP / Samuel Boivin / NurPhoto

"J’ai été, comme tous les enseignants et j’espère tous les Français, sous le choc", raconte Lionel. "J’ai ressenti une sorte de coup de poing, beaucoup de douleur, de tristesse, qu’encore aujourd’hui il est difficile d’évacuer. Et une vraie colère aussi par rapport à ce qui s’est produit ce terrible vendredi."

Quand il a entendu la nouvelle de la mort d’un professeur, il assure avoir "tout de suite compris qu’il s’agissait de Samuel Paty". "J’ai fait le lien avec les informations dont je disposais depuis plus d’une semaine, à savoir que sur le collège du Bois d’Aulnes, il y avait de très violentes polémiques liées à la séance de Mr Paty."

"Il n’a pas critiqué une religion, au contraire"

Le collégien, lui aussi, a été très touché par la mort du professeur. "C’est mon collège, et de voir à quel point c’est violent, je me suis imaginé sa souffrance, ça m’a fait mal au cœur. J’ai pas de religion, mais pour moi c’est un cours, c’est fait avec respect, il n’a pas critiqué une religion, au contraire il a proposé à certains élèves de sortir, et rien ne l’obligeait à le faire."

Il s’inquiète de limites à la liberté d’expression. "Si jamais il y a une chose qui est interdite, au fur et à mesure de plus en plus de choses vont être interdites, et à un moment donné on ne pourra plus rien faire. S’exprimer, pouvoir montrer des caricatures, c’est la France, c’est nos droits qu’on a depuis longtemps. Si jamais on peut pas s’exprimer, c’est pas possible."

Dans une vidéo vue plusieurs millions de fois, l’élève expliquait déjà tout cela. "Je suis touché que mon discours prenne de l’ampleur, je m’attendais pas à ce que ça puisse toucher des personnes." En tant qu’athée lui-même, il se dit souvent sommé de choisir son camp. "Certaines personnes, ça va énormément les contrarier, et ils vont te le faire comprendre. Y’en a qui m’ont dit que je n’étais rien, d’autres m’ont dit que je me mentais à moi-même. Ce que je comprends, c’est qu’on est obligé d’avoir une religion, et que sinon on est méprisé. Quand un débat commence à arriver, j’essaie plutôt de l’esquiver."

"La peur, j’essaie de la dépasser"

"De fait, il y aura immanquablement de la peur chez des dizaines de milliers de profs d’histoire géographie", assure Lionel. "Maintenant, ce que nous faisons au quotidien, c’est d’être amenés à surmonter ces situations un peu délicates, lors de certains cours." Lui ne met pas en cause la hiérarchie, mais veut que toute la lumière soit faite sur ce qui s’est passé. "On est sur du sentiment, de la perception. En ce qui concerne la situation de Mr Paty, permettez-moi de tout simplement m’interroger sur ce qui a pu se passer et sur la manière dont les choses ont été gérées dans les jours qui ont précédé ce crime odieux."

Le professeur assure ne pas avoir peur de reprendre le travail. "Il y aura un avant et un après, c’est évident : c’est la première fois qu’un enseignant est agressé mortellement pour ce qu’il a fait. La peur, j’essaie de la dépasser, mais je crois aussi à ma mission, à mon devoir, dans les valeurs de la République. Ma présence ici s’explique aussi par ma volonté de transcender cette crainte."

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