Yannick Jadot, eurodéputé EELV, est l'invité de Léa Salamé à 7h50. Il évoque son scepticisme après l'allocution du Premier ministre la veille au soir, qu'il estime floue et inquiétante.

"Il y a incontestablement une volonté de pédagogie, une volonté de modestie, d’humilité" dans l'intervention d'Édouard Philippe, reconnait Yannick Jadot. "Mais on sort à chaque fois de ces interventions avec le malaise de ne pas comprendre comment on a pu prendre autant de retard sur les masques, sur les tests… On écoute les radios, on lit les journaux, on regarde la télévision et on voit telle entreprises de telle région qui s’est proposée à l’État pour produire, et qui finalement n’a été contactée que par la mairie ou le conseil régional. On lit que bioMérieux, champion français sur ces enjeux, va produire un test sous contrat avec le ministère de la Défense américain… On a du mal à comprendre comment notre État soit aussi atteint d’une bureaucratie aiguë qui nous fait prendre un retard dramatique."

La date du 11 mai pour entamer le déconfinement est-elle la bonne ? "Nous n’avons pas accès au rapport du conseil scientifique, donc moi je veux croire que le président de la République et son gouvernement ont l’information qui permette d’engager un tel processus de déconfinement. Mais si nous sommes tous responsables, nous sommes aussi exigeants : on voit l’inquiétude partout des parents qui ne savent pas s’il faut envoyer leur enfant à l’école. Est-ce qu’il y aura du gel, des masques, des protections, des gestes barrières suffisants ?" S’il devait renvoyer ses enfants à l’école, Yannick Jadot le ferait-il ? "Je déciderais le 10 mai au soir : on ne sait pas aujourd’hui quelle est précisément la stratégie du gouvernement."

Des professionnels "sortis effarés" de l'intervention du Premier ministre

Pour lui, Édouard Philippe n'a pas levé les inquiétudes, au contraire. "Moi, après l’intervention du Premier ministre, j’ai parlé avec des professionnels de la restauration, de la culture, qui attendaient des réponses concrètes, des perspectives… Ils sont sortis effarés de cet exercice pédagogique qui ressemblait à un exercice d’auto-justification."

"Pour les écologistes, la santé doit être privilégiée par rapport à tous les autres enjeux", rappelle l'élu EELV. "Moi, je n’ai pas l’information scientifique qui me permettrait de dire quand rouvrir. La seule chose qui me paraît essentiel, c’est qu’on n’ait pas des annonces du Président ou du Premier ministre qui se fassent sans concertation, sans perspective. Souvenez-vous de l’intervention du président de la République : on a appris après qu’il avait informé ses ministres juste un quart d’heure avant ! Comme si, au fond, l’objectif de cette intervention c’était de faire un coup médiatique, une belle émission de télévision, et non pas de garantir que les conditions qu’il évoquait pourraient être mises en œuvre."

"Le Président ne peut plus gouverner seul avec la technocratie"

Pour lui, une telle crise sanitaire appelle aussi un sursaut démocratique : "Moi, j’appelle le président de la République, le Premier ministre, son gouvernement à travailler beaucoup plus avec tous les acteurs locaux, avec tous ces secteurs économiques qui sont aujourd’hui tellement angoissés, et qui apprennent à travers ces interventions s’ils vont survivre ou pas. Et surtout, le plus souvent, ils n'apprennent rien de précis, ce qui les déstabilise."

Justement, le Parlement est-il suffisamment associé aux décisions ? "Clairement pas", lance Yannick Jadot. "On est certes dans une situation d’état d’urgence sanitaire, mais faire débattre un Parlement sans qu’il puisse exprimer un avis construit, instruit, c’est un vrai problème que nous avons aujourd’hui. On voit bien à travers toute cette crise que le président de la République ne peut plus gouverner seul avec la technocratie : il va falloir, dans ce pays, qu’on mette dans les semaines qui viennent toutes les personnes qui font vivre la société au cœur de notre société, qu’on leur fasse confiance pour porter le diagnostic et les solutions."

Lui souhaite qu'on organise un "Grenelle de l’après" : n'est-ce pas une réponse un peu légère face aux enjeux ? "Au contraire c’est la seule réponse crédible. Le Grenelle de 68 a quand même changé profondément la situation sociale de notre pays. [...] Nous sommes dans une obligation de résultat et dans l’urgence : on ne va pas sauver l’économie telle qu’elle était avant sans garantir la survie sanitaire, écologique, sociale de l’humanité. Il faut sauver les emplois et l’économie mais nous devons organiser la société pour qu’elle soit plus résiliente, plus souveraine, plus durable."

  • Légende du visuel principal: Yannick Jadot © Radio France / Anne Audigier
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