Adrien Quatennens, député du Nord et coordinateur de la France insoumise, est l'invité de 7h50. Il revient sur la future loi "confortant les principes républicains", qu'il dénonce comme une hypocrisie, et la stratégie vaccinale du gouvernement.

"On a ce sentiment que tout est gelé et que la crise et sa gestion dominent tout le paysage", regrette le député. "C’est sûr que cette crise charrie beaucoup de sujets éminemment politiques, c’est une crise systémique qui révèle par exemple qu’avoir préféré remettre aux Chinois la pleine capacité de produire les masques pour toute la planète était un problème. Finalement, c’est une crise qui vient montrer la nécessité, non pas simplement de “relancer la machine”, mais d’en changer profondément. C'est une forme de répétition générale d’autres crises qui sont attendues, comme celle du réchauffement climatique."

La loi contre les séparatismes "n'apporte strictement rien au combat contre le terrorisme djihadiste"

"Le gouvernement est en train de se prendre les pieds dans le tapis avec cette loi contre le séparatisme, devenue “loi confortant les principes républicains”", explique Adrien Quatennens. "D’abord, cette loi n’apporte strictement rien dans le combat nécessaire contre le terrorisme djihadiste, qui se combat avec des moyens de police, de renseignement. Il y a beaucoup de dispositions législatives qui permettent déjà de le combattre, mais c’est de moyens dont nous manquons pour le faire."

Pour le député LFI, "c’est une loi bavarde, d’affichage, qui souvent fait des choses que la loi fait déjà". "Elle prétend “conforter les principes républicains”, alors qu’Emmanuel Macron avait dit lui-même dans un de ses discours qu’il y avait “un terreau social” à l’obscurantisme religieux. Et bizarrement, on ne peut pas parler du renforcement des services publics, de la mixité sociale, de l’école publique qu’il faut renforcer… Il y a 500 communes en France dans lesquelles il n’y a pas d’école publique ! Tous les amendements que nous avons déposés, pour jouer le jeu de ces principes républicains, ont été censurés."

Qu'en est-il des mesures, par exemple, sur la haine en ligne ? "On n’a pas besoin de nouvelle loi", assure Adrien Quatennens. "Il y a un dispositif qui s’appelle Pharos, qui surveille justement la haine en ligne et les menaces : simplement, il n’y a qu’ une trentaine de fonctionnaires qui y travaillent alors qu’il en faudrait plusieurs centaines, compte tenu des proportions que ça a pris. Si les intentions du gouvernement sont de lutter contre le terrorisme djihadiste ou contre des événements comme l’assassinat de Samuel Paty, en réalité ce texte ne permet pas de le faire. C’est de l’affichage, et c’est un texte qui a une relation anti laïque aux religions, à l’opposé de la loi de 1905 qui établit une sorte de relation concordataire avec les religions."

"Puisque le gouvernement prétend vouloir conforter les principes républicains, avec la France insoumise ils vont trouver des gens qui sont de vrais laïcs, et on a proposé un tas d’amendements qui vont justement renforcer la laïcité."

"Il y a des mesures qu’on votera, comme le renforcement des contrôles sur le financement par des pays étrangers", concède-t-il. "On nous a longtemps taxé d’ambiguïté sur la laïcité, mais vous allez voir l’effet se retourner, et j’espère que vous interrogerez les vrais ambigus, comme ceux qui vont défendre, par exemple, le concordat d’Alsace Moselle. Si on veut défendre la laïcité, la loi laïque par excellence c’est la loi de 1905 : est-ce qu’on est d’accord oui ou non pour qu’elle s’applique sur tout le territoire de la République ?"

"Le gouvernement dit qu’on ne parle pas des signes religieux. Mais regardez les débats de la commission spéciale depuis deux jours ! Derrière l’affichage, on ne parle que des signes religieux et du voile. C’est la surenchère et c’est une pantalonnade."

"La France n'a toujours pas son vaccin et Sanofi supprime 400 postes de recherche"

"Depuis le début de la gestion de cette crise, nous faisons des tas de propositions, et ils n’en font rien", regrette à nouveau le député du Nord. "Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est que la bonne stratégie, c’est la stratégie vaccinale combinée à une stratégie thérapeutique. On a vu par exemple que le financement public ne se fait même plus pour la recherche, notamment pour le traitement de l’institut Pasteur de Lille, que LVMH a dû financer. Surtout, nous disons qu’il faut maintenant des alternatives au confinement. On a sans doute un virus qui s’est installé durablement, donc on va devoir travailler à ces alternatives. Des moyens de limiter la circulation de l’épidémie tout en permettant que la vie reprenne. Le triptyque métro/boulot/dodo n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui."

Est-il méfiant envers le vaccin, comme dit l'être Jean-Luc Mélenchon ? "Ce que je vois, c’est que pour le moment on manque de doses. Il y a des questions qui se posent sur le recul par rapport à l’ARN messager, sur l’efficacité sur la transmission du virus, sur le temps d’immunisation..." Il dénonce en revanche un "scandale Sanofi" : "Au printemps dernier, Emmanuel Macron était allé à Sanofi nous parler de relocalisation et de souveraineté : ce qu’on voit depuis, c’est que la France n’a toujours pas son vaccin et que dans ce moment, Sanofi annonce 400 suppressions de postes dans la recherche ! Et le gouvernement ne trouve rien à en dire."

  • Légende du visuel principal: Adrien Quatennens © AFP / Ludovic MARIN / AFP
Les invités
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.