Benjamin Stora, spécialiste du Maghreb contemporain, est l'auteur du rapport sur "les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie". Il sortira aussi en mars "France-Algérie, les passions douloureuses" (Albin Michel) : l'historien est l'invité de 7h50.

Dans son rapport Benjamin Stora note que l'histoire de la colonisation en Algérie concerne un Français sur dix, soit 7 millions de personnes. "Nous vivons encore avec cela. Il faut des gestes politiques forts" estime l'historien.

"Il est nécessaire encore et toujours de regarder cette histoire en face car les mémoires continuent de saigner". 

L’État a fabriqué les lois d’amnistie, ce qui n'a pas favorisé la transmission de l'histoire de la colonisation. "François Mitterrand n’a pas pris de mesure politique symbolique particulière et il a amnistié les généraux putschistes qui s ‘étaient dressé contre de Gaulle en 61" rappelle l'historien, qui estime qu'"personne n’a été jugé". Toutefois, les derniers discours de Nicolas Sarkozy à Constantine, ou de François Hollande, "tout cela n’ a pas pénétré le cœur de la société française". 

"on est en train de combler le retard mais il est considérable. Des générations entières sont passées sur les bancs des lycées sans savoir ce qu’était la colonisation en Algérie 

L'historien estime qu'il y a un retard d'information et de pédagogie à rattraper  : "on ne connait pas les nationalismes au Maghreb, les grands leaders du nationalisme algériens sont méconnus, on doit apprendre et connaitre le rôle et l’histoire de ces grands personnages. Si on les connaissait davantage on comprendrait qu’ils se sont dressés contre le colonialisme et non contre la France, ce n’est pas la même chose"

"Le piège de la repentance"

Benjamin Stora estime que "la repentance est un piège politique, tendu par une partie de l'extrême-droite française". Il propose donc de "sortir du piège par des mesures concrètes". Il énumère ses propositions : 

- la circulation des archives, avec leur numérisation. Les historiens doivent y accéder

- éclaircir les faits sur les essais nucléaires de la France sur le sol algérien y compris après la guerre

- élucider la question des disparus de la guerre d’Algérie

- Panthéonisation de Gisèle Halimi

- édifier une stèle pour l’émir Abd-el-Kader

- reconnaitre de l’assassinat d'Ali Boumendjel

Pour l'historien, "il est évident pour beaucoup d’Européens d’Algérie que ça reste une question douloureuse ; la grande question c’est de comprendre la souffrance de l’autre, des Algériens. Il faut fabriquer un discours qui permettent d’unifier les mémoires". 

  • Légende du visuel principal: Benjamin Stora © Radio France / Joel Saget
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  • Benjamin StoraHistorien spécialiste du Maghreb et professeur des universités.
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