Sara Forestier, comédienne à l'affiche du film "Filles de joie" de Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne, est l'invitée de Léa Salamé à 7h50.

Dans ce film, Sara Forestier joue un personnage qui, avec ses amies, se prostitue en cachette de l'autre côté de la frontière franco-belge pour nourrir sa famille. "Ce qui m’a motivée, c’est que ce que vivait le personnage j’étais en train de la traverser dans la vie, une fille qui s’extirpait de violences conjugales", raconte-t-elle. "J’étais en train de sortir d’une relation avec un homme violent."

Pour elle, le cinéma permet d'atteindre une subtilité qui manque aux habituels débats sur ces questions. "On pense qu’une femme sous emprise elle est prostrée, mais parfois on reste avec un homme pour avoir réparation, dans une posture de combat. Le film montre comment c'est un cercle vicieux, le silence. Elle n’en parle pas à ses amies. C'est important de voir ces choses là de manière fine au cinéma, et pas seulement dans des débats dans les médias."

"La libération de la parole, c'est beaucoup plus vaste que les polémiques"

Plus largement, elle ne pense pas que la libération de la parole de ces derniers mois ou années va s'arrêter. "Je crois que la libération de la parole, c’est pas un phénomène juste sujet à polémique, c’est quelque chose de beaucoup plus vaste", assure la comédienne, qui dit avoir beaucoup appris de ce qui s'est dit depuis.

"Aujourd’hui, j’aurais une amie dans cette situation, je l’emmènerais faire des mains courantes, parce que je sais que ça sert à quelque chose. Il y a de fausses polémiques, comme quoi la libération de la parole menacerait la justice. Or la libération de la parole permet de récolter des preuves, qui ensuite aident la justice. J’ai été assez heurtée qu’on oppose la justice et la société civile. Les féministes ne mettent pas en danger la justice, elles en font partie. C'est la société qui fait évoluer les lois."

"Je suis très attachée à la présomption d’innocence. Puis j’ai compris quelque chose sur ce qu’est une omerta", explique Sara Forestier. "Pour la mafia, si vous attendez que les gens témoignent de leur plein gré, il ne se passe rien. Weinstein, est-ce qu’on s’est soucié de la présomption d’innocence ? Non. La police ne va pas infiltrer tous les milliers où ça se passe, mais des journalistes le font. Faire péter les choses, ça fait que les rouages se dérouillent, et la libération de la parole fait qu’au moins les gens prennent leurs responsabilités."

  • Légende du visuel principal: Sara Forestier © AFP / Thomas Samson
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