Philippe Wahl, président-directeur général du groupe La Poste est l'invité de Léa Salamé à 7h50. Il évoque le retour progressif à la normal dans les bureaux de poste partout en France, et le travail accompli par les postières et postiers pendant la crise.

La Poste est-elle en train de revenir à la normale petit  à petit ? “Il y a déjà des choses qui ont changé : depuis mardi, nous distribuons le courrier et les colis quatre jours par semaine”, explique Philippe Wahl. “Ce sera la même chose au cours des deux semaines qui viennent, avec un jour férié. Donc plus de colis, plus de courrier pour les Françaises et les Français. En matière de bureaux de Poste, nous avions commencé avec une organisation socle et une seule priorité, les prestations sociales. Nous sommes passés de 5.000 points de contact à 9.800 points de contacts hier soir, et nous allons poursuivre ce déploiement, notamment dans les zones rurales.”

Il n’a toutefois pas encore de date précise pour un “déconfinement postal”. “Nous sommes au travail sur le déconfinement, mais l’objectif depuis le début de la crise c’est la continuité du service public, une organisation solide qui permet, au fur et à mesure de l’amélioration de la situation sanitaire et économique, de remonter le nombre de passages et le nombre des bureaux de poste et de tous les points de contact.”

"Nous venons de réussir la distribution des prestations sociales pour 1,5 millions de Français"

Quid des longues files d’attente vues au début du mois avec la distribution des prestations sociales ? “Nous venons de réussir la distribution des prestations sociales pour 1,5 millions de Français les plus fragiles : c’est le cœur de la mission de service public de la Banque postale”, se félicite le PDG du groupe La Poste. “Nous sommes déjà au travail pour préparer la prochaine période de prestations sociales, qui va arriver dans une dizaine de jours. Bien sûr qu’il y aura de nouveaux des files d’attente : mais la file d’attente ne signifie pas que ça se passe mal, c’est juste la face visible de la pandémie, le fait que nous ne pouvons pas accueillir autant de monde au même moment dans les bureaux de poste. Il y a les mesures barrières, la distance, tous les équipements de protection, donc inévitablement il y a des files d’attente. Mais elles ont été très bien gérées, grâce aux maires, grâce aux force de l’ordre et grâce aux postiers.”

Envoyer et recevoir du courrier à l’étranger reste complexe : “Ce n’est pas possible pour un certain nombre de pays, c’est assez facile pour l’Europe, pour tout le bloc latino-américain c’est beaucoup plus compliqué. Mais vous pouvez avoir la liste de tous les pays disponibles et accessibles sur laposte.fr. Enfin, il y a de très nombreux pays où, si nous pouvons y envoyer des lettres et des colis, les postes ont cessé un certain nombre de distributions de courriers et colis venus de l’étranger.”

La Poste été critiquée, notamment en zone rurale, pour avoir fermé un certain nombre de bureaux. Mais Philippe Wahl estime lui que “les postières et les postiers ont été au rendez-vous”. “Nous avons dû redéfinir ce qu’était le service public postal, au milieu de la crise. Ça ne pourra pas être comme avant la crise : nous sommes une entreprise de contact, nous allons au devant des gens, nous sommes les seuls à aller chez des millions de personnes tous les jours. Il fallait donc des mesures de sécurité. Les factrices et les facteurs sont des gens extrêmement responsables, ils me l’ont dit eux-mêmes : nous ne voulons pas être un vecteur de transmission du virus. Nous avons été conduits à réorganiser les méthodes et les conditions de travail de dizaines de milliers de personnes. On ne pouvait pas recevoir autant de gens dans les bureaux de poste, on ne pouvait plus aller directement au domicile, faire signer des lettres recommandées…”

La distribution de la presse en voie de normalisation

A-t-il toutefois quelques regrets sur la gestion de la crise ? “J’ai deux regrets : le premier, c’est de ne pas avoir trouvé assez vite la bonne solution avec la presse quotidienne régionale. Et le deuxième, c’est que pour réussir la distribution des prestations sociales, nous avons dans un premier temps donné la priorité aux bureaux les plus importants, ceux qui étaient capables de recevoir un flux massif de personnes. Car la Poste reçoit, pour les prestations sociales, plus de clients que la totalité des autres banques. Nous avons donc fait des choix, il faut les assumer. Dès que les prestations sociales ont été versées, dès la semaine du 8 avril, nous avons étendu notre réseau de bureaux et d’agences postales communales.”

Pour la presse, la solution a toutefois été rapidement trouvée. “La presse quotidienne n’a été distribuée trois jours par semaine que pendant une seule semaine dans notre histoire. Dès la semaine du 6 avril nous avons rétabli le mardi, la semaine dernière nous avons eu une distribution complète sauf le samedi, et depuis le début de la semaine, mardi, mercredi, jeudi ont été distribués. Nous avons trouvé très vite un accord et ça se passe très bien maintenant.”

Des masques "à disposition" pour tous les salariés

“Nos personnels sont suffisamment protégés”, assure Philippe Wahl. “La première protection, et c’est celle qui a entraîné toute une réorganisation, ce sont les mesures barrières, avec d’abord la distance. Ça, ça nous a fait modifier toutes les méthodes de travail. La deuxième chose, c’est le lavage des mains. Le masque, nous le mettons à leur disposition, dans certains cas ils choisissent de le porter, quand ça rassure le client ; dans d’autres cas ils ne le portent pas. Mais aujourd’hui, ils ont toutes et tous un masque à leur disposition. Les postières et postiers sont protégés, et sont au travail en ce moment même : les critiques sont injustes pour eux, ces femmes et ces hommes font un travail extraordinaire.”

A-t-il peur d’avoir perdu des parts de marché au profit d’autres services de livraison pendant la crise ? “Nous avons sans doute gagné des parts de marché dans cette période”, estime à l’inverse le patron de la Poste. “Au cours des six dernières semaines, la Poste, Colissimo, Chronopost, auront livré 58 millions de colis. C’est un peu moins que l’année dernière, mais nous sommes très largement le premier livreur de colis. Et ce n’est ni la téléportation ni le Saint-Esprit qui les ont livrés : ce sont les facteurs, les factrices partout sur le territoire.”

  • Légende du visuel principal: Philippe Wahl © Radio France / Anne Audigier
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