Ludovic Duguépéroux, sauveteur sur l’Aquarius, est l'invité de Frédéric Métézeau à 7h50.

Alors que le navire Aquarius, de l'ONG SOS Méditerranée, est à quai à Marseille depuis le 29 juin, l'un des marins de l'embarcation était l'invité de France Inter ce lundi matin. Ludovic Duguépéroux explique que l'Aquarius est à quai "pour une escale technique suite à notre odyssée, à la fermeture d’un espace humanitaire nécessaire. Du point de vue technique on répare, d’un autre côté nos dirigeants travaillent pour que cet espace rouvre".

Il raconte cette opération de sauvetage périlleuse, au cours de laquelle 630 personnes ont été recueillies : "Leurs embarcations, l’image qu’on peut en avoir, ce sont les crocodiles qu’on voit sur les plages pour les enfants. C’est même parfois plus fin que ça. Et on a parfois 150 à 200 personnes dessus. Le sol est fait de planches tenues par des vis, qui leur lacèrent les pieds". La deuxième embarcation de fortune que l'Aquarius vient secourir est plus précaire encore : "_Les gens ont de l’eau jusqu’à la poitrine, le simple fait qu’on arrive crée du mouvement, ça se casse en deux_, il y a 50 personnes à l’eau, il fait nuit, il y a du vent, de la houle. C’est l’enfer, c’est des cris, des bruits de gens qui se débattent dans l’eau". "On a appris qu’il y a deux personnes qu’on n’a pas pu secourir", déplore le marin. 

L'équipage de l'Aquarius est entraîné pour faire face aux dangers que représentent de tels sauvetages : "Il y a de l’essence partout, déjà au niveau de la lucidité à cause des émanations c’est compliqué. Il y a des bras qui t’accrochent partout. Max, notre leader, a été trop loin, on a réussi à le récupérer". 

Le marin sauveteur raconte également le moment où le navire s'est arrêté, faute d'avoir trouvé un port à rejoindre. Il explique qu'à bord, l'équipage ne s'est pas rendu compte de ce qu'il se passait, trop occupé à s'occuper des passagers : "Il y a 630 personnes à bord, le bateau fait 77 mètres de long par 13 de large, c’est le métro aux heures de pointe, on ne peut pas marcher sur le bateau, on doit prendre soin des gens, s’assurer que tout le monde a accès aux toilettes, à la nourriture".

Ludovic Duguépéroux estime que l'association SOS Méditerrannée n'a pas un rôle politique : "La crise politique, ce n’est pas le sujet de SOS Méditerrannée. Moi je suis marin, pas politicien. L’interrogation, c’est comment peut-on balayer le droit maritime ancestral et les droits de l’homme de la sorte ?".

Moi, ce que je vois, c’est des gens qui se noient. Ça ne va pas au-delà de cela. D’où qu’ils viennent, où qu’ils aillent, ça ne me regarde pas, je suis qui pour juger ?

Il rappelle l'une des règles d'or des marins : "_Le premier devoir de tout marin, quel qu’il soit, c’est “Quand il y a une détresse, tu te dois d’y aller”_. Ici en arrivant j’ai enjambé des gens sur le trottoir. Chez nous ça n’existe pas, on ne laisse personne".

Les invités
L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.