Isabelle Carré, comédienne et écrivaine, est l'invitée de Léa Salamé pour son livre Du côté des Indiens (Grasset). Elle y raconte notamment l'expérience d'une actrice, qui a abandonné après avoir été abusée par un metteur en scène, évoquant la "zone grise" où "le corps ne consent pas, mais on se laisse faire".

"Du côté des indiens" est un roman d'initiation, l'histoire d'un garçon de 10 ans qui rencontre la maîtresse de son père, une femme habitant quelques étages plus haut : Muriel s'était lancée dans la comédie mais a arrêté, pour devenir scripte sur les plateaux de cinéma. "J'aime les romans d'apprentissage", explique-t-elle. "Il y a une histoire d'amitié étonnante entre cet enfant et la maîtresse de son père, une histoire improbable. J'aime beaucoup les histoires d'amitié entre adultes et enfants, parce que j'aime la compagnie des enfants (...). Et puis j'étais en train d'écrire sur cette relation quand l'affaire Weinstein est arrivée". 

Ainsi, Muriel, l'amante, deuxième personnage principal du roman, est une femme qui a abandonné une carrière au cinéma après avoir été abusée par son metteur en scène : "Elle a eu une toute première expérience dans un film, où le metteur en scène a eu une relation avec elle. Elle ne s'y attendait pas, il y a eu cet effet de surprise, elle n'a pas su dire non."

Cet effet de surprise est l'une des composantes du viol

"Il y a un effet de tétanie qui se produit, elle fait des discours dans sa tête mais n'arrive jamais à les prononcer, à clore cette relation qui n'est pas consentie", raconte Isabelle Carré. 

"Il y a une culpabilité, parce que le corps ne consent pas, mais en même temps on se laisse faire, il n'y a pas de violences", explique Isabelle Carré, qui raconte s'être lancée dans cette histoire, celle de Muriel, avec l'arrivée de l'affaire Weinstein. "Beaucoup de journalistes m'ont demandé si j'avais des choses à dire sur mon métier (...) Je n'avais pas envie d'ajouter aux petites phrases, j'avais besoin de temps et de partager mon expérience. Murielle est la partie la plus autobiographique du livre, mais c'est aussi plusieurs expériences mélangées que je raconte à travers ce personnage, et aussi, en 32 ans de carrière, tout ce que je peux entendre sur les plateaux". 

Isabelle Carré dit avoir voulu transmettre cette histoire pour "que les jeunes femmes qui commencent sur un premier plateau, dans un premier emploi, soient aguerries, n'aient pas cet effet de surprise qui a été le mien. Vous entrez pour la première fois dans le monde du travail, vous êtes une proie facile", explique-t-elle. 

Préférant la fiction au récit, elle dit espérer "qu'on pourra s'identifier à Muriel, que cela amènera peut-être à parler du consentement dans des termes moins spectaculaires (...). Il y a 94 000 viols chaque année, combien de femmes sont touchées par cette zone grise ? Il n'y a pas une femme avec laquelle je parle qui me raconte qu'un jour, elle n'a pas su dire non alors qu'elle n'avait aucune envie (...). C'est la zone grise, on sait qu'on aurait pu dire non, et on ne l'a pas fait". 

  • Légende du visuel principal: Isabelle Carré © Radio France / Vincent Josse
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