Agnès Hartemann, cheffe du service diabétologie à la Pitié-Salpêtrière, est l'invitée de Léa Salamé à 7h50.

"L’hôpital public a tenu et a été à la hauteur" pendant la période de confinement, assure Agnès Hartemann. "Parce qu’on n’a fait plus que ça, qu’on ne s’est plus occupé que de ces patients-là. On nous a fait vider les lits, les consultations, on a fermé les blocs opératoires.... Ce qu’on voit c’est qu’il y a de la compétence, une grande capacité de réorganisation à toute vitesse, mais ça a été au prix de ne s’occuper que de ça."

"On a travaillé main dans la main avec les directions administratives pendant la période Covid. Mais aujourd’hui, les directions ne savent pas si elles vont avoir les moyens, le budget, à la hauteur pour payer tous ces frais. Donc immédiatement, elles retrouvent leurs réflexes d’avant, et disent “attention, si ça se trouve c’est à nouveau de l’austérité qui nous attend”, donc à nouveau on compte : on compte le nombre d’infirmières, le nombre de lits, c’est reparti. On voit que revient la peur de devoir gérer de l’austérité à nouveau très rapidement."

"Dans des hôpitaux on parle à nouveau de fermer des lits"

Qu'attend-elle du "Ségur de la santé" que veut organiser Olivier Véran ? "On est à la fois plein d’espoir sur ce Ségur, parce qu’enfin on a le sentiment que l’hôpital public est au cœur des préoccupations, mais on a beaucoup d’attentes. Il y a des choses qui pourraient être annoncées tout de suite et on n’a pas besoin de six semaines pour le dire : le salaire horaire par exemple. Tout le monde a entendu dire maintenant que le salaire des infirmières ou des aides-soignants était au 27e rang au niveau européen, pourquoi on n’annonce pas immédiatement que ces métiers de l’hôpital vont être revalorisés ? C’est ce qui nous inquiète. On pourrait aussi annoncer immédiatement un moratoire sur la fermeture de lits, tous ces patients qui attendent aux urgences, en chirurgie, dont les opérations sont parfois déprogrammées puis reprogrammées car nous sommes en flux tendu… Quand on sait que dans des hôpitaux on parle à nouveau de fermer des lits, ce moratoire pourrait être annoncé immédiatement, même en début de Ségur. Ça donnerait encore plus d’espoir sur ce qu’il donnera."

"Ce qui nous inquiète un peu, c’est que là on nous parle des 35 heures", regrette la cheffe du service diabétologie à la Pitié-Salpêtrière. "On a l’impression qu’on est en train de nous préparer, en tout cas pour les métiers de l’hôpital les moins bien rémunérés, un “il va falloir travailler plus pour gagner plus”. Or les gens travaillent déjà beaucoup plus que 35 heures : vu le nombre de personnels qui font des heures sup, la plupart du temps rémunérées mais pas toujours, les gens sont déjà en train de travailler plus pour gagner plus. Donc on ne voit pas du tout ce que les 35 heures résoudraient comme problème à l’hôpital public."

"Les gens s'en vont, il y a des centaines de postes non pourvus"

Or pour elle, cette question est accessoire, et c'est même une des causes du problème. "Les conditions de travail sont déjà très difficiles, donc les gens s’en vont, il y a des centaines de postes non pourvus. Si on revient sur les 35 heures sans augmenter le salaire, on ne voit pas comment les gens vont revenir. Quand on s’exprime comme ça, parfois on nous dit : “vous parlez des personnels, vous ne parlez pas des usagers”. Or la sécurité des patients, c’est la sécurité des personnels, ça va ensemble. La qualité de vie des personnels, c’est la qualité des soins, c’est l’attention qu’on va porter au patient. Pendant la période Covid, on a goûté à ce que pourrait être l’hôpital public, et on ne veut pas revenir en arrière. Ou la colère serait terrible."

"On a des propositions, sur la gouvernance, la qualité de vie au travail", rappelle Agnès Hartemann. "On est des gens de terrain. Par exemple, sur l’activité pour l’activité, ce qu’on nous a poussés à faire depuis des années, il y aurait des propositions à faire sur le nombre de lits à ouvrir, que tout ça soit adapté à la demande en soins des populations. Actuellement, l’hôpital est géré sur des critères de rentabilité. Il y a sûrement des économies à faire dans certains endroits ou certains services, mais le mot “rentabilité” nous fait peur : à partir du moment où vous demandez à un directeur administratif d’être rentable, il va vous demander de faire des bénéfices… Ce qu’on veut, c’est le juste soin au moindre coût pour la Sécurité sociale."

  • Légende du visuel principal: Agnès Hartemann interviewée pour la chaîne YouTube "Le jour d'après" © capture écran
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