Le co fondateur de la revue XXI, auteur d’un article à paraître sur le Rwanda dans le numéro 39 de la revue, est l'invité de Léa Salamé.

Dans le parc naturel des volvans au Rwanda
Dans le parc naturel des volvans au Rwanda © Getty / Cultura/Philip Lee Harvey

Le nouvel (et dernier) article que Patrick de Saint-Exupéry consacrera au Rwanda dans sa revue XXI se base sur le témoignage d'un haut-fonctionnaire qui a pu consulter les archives françaises sur le conflit rwandais, quand "en 2015 l'Elysée a annoncé que ces archives allaient être ouvertes : on ne savait pas ce qu'il y avait dedans".

Que ressort-il de ces documents, qui n'ont pas été rendus publics ? "Pendant l'opération Turquoise, déclenchée trois mois après le début du génocide, où 2.500 soldats français sont envoyés au Rwanda, ordre est donné de réarmer ceux qui viennent de commettre le génocide", c'est-à-dire les hutus qui franchissent la frontière rwandaise.

"Cet ordre-là va être discuté : une dizaine d'officiers ont demandé à exercer leur droit de retrait pour ne pas avoir à exécuter cet ordre", nuance le journaliste. Mais l'ordre est finalement "confirmé", raconte-t-il. "Et la personne qui demande que cette directive soit appliquée est Hubert Védrine, à l'époque secrétaire général de l'Elysée".

Or, poursuit Patrick de Saint-Exupéry, "un mois plus tôt, l'ONU a décrété un embargo sur les armes et a employé le mot génocide pour parler du Rwanda. On sait ce qu'il s'est passé, depuis 15 jours des soldats français sont sur place, les constats sont là", dit-il. Lui, alors sur place, constate le décalage "entre les ordres officiels et la réalité sur le terrain, qui se téléscopent : les soldats ne comprennent pas ce qu'on leur demande".

Pour le fondateur de la revue XXI, "ce dossier est un un dossier où le politique est mis en cause". Pas pour avoir soutenu le génocide, mais parce que "ce sont les fruits d'une politique absolument pas contrôlée, qui s'est prolongée dans le temps, où ceux qui ont commis le génocide vont continuer à être soutenus politiquement".

"L'opération turquoise permet de sauver des vies, mais elle arrive tout à la fin du génocide", constate-t-il, notant qu'elle arrive quinze jours après "une intervention étonnante de François Mitterrand à Oradour-sur-Glane qui dit "plus jamais ça", et qui n'a pas un mot pour le Rwanda. La France est silencieuse au travers du chef de l'Etat jusqu'à cette opération turquoise".

Patrick de Saint-Exupéry a-t-il des preuves ? "Je n'ai pas de preuves, j'ai ce témoignage. L'ouverture des archives sera le juge de paix", dit-il, rappelant que la promesse de François Hollande n'a pas été tenue "à cause du constat qu'a réalisé ce haut fonctionnaire qui a vu des documents extrêmement compromettants", et disant espérer qu'Emmanuel Macron acceptera, lui, de rendre publiques ces archives.

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