Al Pacino, acteur, est l'invité de Léa Salamé à 7h50.

Al Pacino
Al Pacino © AFP / Kevin Winter

Cela fait 50 ans qu'on vous attend, ici à Paris, sur scène. Pourquoi avoir accepté cette fois-ci ?

Ces deux messieurs qui sont venus me voir jouer, ils ont tellement insisté, ils étaient tellement intéressants, honnêtes, francs, passionnés... et j'aime Paris bien entendu.

Pourquoi ?

J'ai toujours voulu jouer à Paris. Je voulais jouer Salomé, la Salomé d'Oscar Wilde. Et j'ai vécu ici de temps en temps au cours de toutes ces années. J'étais très proche de Marthe Keller et d'autres personnes, et j'ai vécu ici. J'ai aimé venir ici, voir des choses, mais bien sûr, je ne connais pas la langue, c'est toujours compliqué.

Vous ne connaissez pas un seul mot de français ?

Un petit peu, vous savez ! J'ai vécu ici, donc j'ai dû me débrouiller ! Je m'entends tellement bien avec les gens, ici.

Ce qui est étonnant, c'est que vous aimez Tchekhov, Balzac, Oscar Wilde, Dostoïevski, Shakespeare, vous dites Shakespeare c'est LE théâtre. Et à la fin on se demande si vous n'êtes pas plus touché par la littérature européenne qu'américaine...

Je pense que très tôt dans ma vie, j'ai été tellement exposé à la littérature européenne. J'aime la littérature du Moyen-Orient, j'ai lu tellement de choses, bien sûr les grands poètes français, Boris Vian, Rimbaud, et dans ma jeunesse, il y a eu des écrivains russes, français, Balzac, Maupassant... C'était ma vie, c'était ça, c'était la lecture. J'ai dû abandonner l'école pour aller travailler mais j'avais la lecture. J'ai aimé très tôt Dalton Trumbo, Gastby le Magnifique et les romans de Philip Roth, etc.. Mais ce sont vraiment les Européens qui m'émouvaient, qui me touchaient. Je me sentais en lien avec eux, je m'identifiais à eux parce que je vivais cette vie-là : pas d'argent, au jour le jour... Je me sentais en lien avec eux et c'est quelque chose que je faisais quotidiennement. 

Mais vous les lisez vraiment, tous ces livres ?

Oui ! Et ce qui est bizarre, c'est qu'aujourd'hui, je ne lis pratiquement plus. 

Pourquoi ne lisez-vous plus ?

Je ne sais pas... Je ne vois plus très bien, il me faut des lunettes pour lire ! Je me souviens, j'avais tous ces petits bouquins de poche et je prenais le métro, j'avais une heure de transport donc je lisais une heure à l'aller, une heure au retour. C'était mon truc, je n'avais pas de télé à l'époque. Et c'était une excellente façon de s'impliquer, d'avoir un ami, de parler à un ami. Je me souviens de la lecture de Paris est une fête par Hemingway. Et je me suis dit, ouais, c'est comme d'avoir un ami : peu importe à quel point vous étiez solitaire à cette époque, il suffisait d'aller vers les livres ! Ça impliquait votre imagination, ça vous concentrait, ça vous détendait. Oubliez le côté apprentissage, c'était juste du plaisir. 

Pour la plupart des gens, partout dans le monde, quand on dit Al Pacino, on nous répond Tony Montana. Scarface reste spécial pour tout le monde. Est-ce que Tony Montana est votre meilleur rôle ?

Je le considère comme l'un des meilleurs rôles que j'ai jamais eus. Il faut s'en rendre compte : c'est Oliver Stone qui a écrit Scarface. C'est Brian de Palma qui l'a réalisé. Et c'est le grand producteur qu'était Martin Bregman avec qui j'ai fait cinq films qui a produit ce grand succès. Et c'est tout ce mélange qui a transformé, en quelque sorte, ce scénario en quelque chose de... parce que chacun était différent. Au lieu d'un affrontement, leurs styles se sont fondus ; parce que Brian de Palma a toujours voulu en faire un film lyrique, alors qu'Oliver Stone l'avait écrit comme un film des bas-fonds. Et ce mélange, miraculeusement, a marché. On a fait ça il y a 35 ans (...) et ça marche toujours ! C'est merveilleux. 

Si je vous dis que vous êtes, avec Robert de Niro, les deux acteurs qui ont le plus influencé l'industrie du cinéma ces 40 dernières années, êtes-vous d'accord ?

Je ne dirais pas ça. Je pense à beaucoup d'autres acteurs qui ont eu beaucoup d'influence, comme Dustin Hoffman....

C'est vrai, mais vous, vous avez un truc ; un truc qu'une de vos professeures a vu quand vous aviez 12 ans. Elle est allée voir vos parents en leur disant que vous deviez jouer la comédie, que vous aviez quelque chose en plus. Avez-vous compris ce qu'est ce quelque chose en plus que vous avez ?

Je ne peux pas me voir de cette façon-là. Je m'estime très privilégié, c'est tout. Les gens sont très gentils avec moi, où que j'aille. C'est amusant. 

Vous semblez vivant sur scène...

Oui, je me sens vivre quand je suis sur scène. Beaucoup plus sur scène qu'ailleurs. J'ai vu un jour Alec Guinness, un des grands acteurs britanniques. Je l'ai vu monter sur scène, il tapait avec ses chaussures, avec ses pieds sur les planches, il disait "C'est chez moi, je sens que c'est ma place, c'est ici que je me sens qui je suis". Et je crois que je me sens comme ça sur scène. C'est pour cela que je dois continuer à le faire.

Est-il vrai que vous avez été reçu à l'Elysée par Emmanuel Macron, et qu'il vous a fait visiter le palais ?

Oui, c'est vrai ! Il m'a fait visiter les lieux, il m'a montré ces belles choses, ses bureaux, ses tableaux, ce bâtiment qui a des centaines d'années, tellement beau et tranquillisant. 

Comment l'avez-vous trouvé ?

Très cool, très ouvert, chaleureux à mon égard. Je ne savais pas qu'il allait me faire visiter l'endroit. Je pensais juste le rencontrer, et ça m'a fait un grand plaisir.

Comment était son anglais ?

Son anglais est bon ! Et moi, comment est mon français ? Il est inexistant ! Vous savez, qui que ce soit qui me parle en anglais où que je sois, je lui en suis reconnaissant. je suis Italien et je ne parle pas un mot d'italien. Mon grand-père et ma grand-mère étaient Italiens, ils m'ont élevé avec ma mère, et ils parlaient en italien de temps en temps, mais surtout quand ils ne voulaient pas que je comprenne ce qu'ils disaient. 

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