Jean-Luc Barré publie "Ici, c'est Chirac". Historien et écrivain, il a collaboré pendant quatre ans avec Jacques Chirac sur la rédaction des mémoires, en deux tomes, de l'ancien président.

L'historien et éditeur publie le 2 octobre prochain chez Fayard des entretiens inédits avec l'ancien président. Un livre qui raconte également les quatre années de travail commun entre Jean-Luc Barré et Jacques Chirac qui aboutiront aux deux tomes de ses Mémoires, Chaque pas doit être un but (2009) et Le Temps présidentiel (2011). 

Pour lui, "il était Français au sens où il incarnait l'âme des Français, avec ses défauts, ses qualités, et ses contradictions, il aimait la vie comme les Français, il était un peu menteur comme eux, mais je dirais aussi de Chirac qu'il était un esprit universel, un homme qui connaissait admirablement le monde. S'il n'a pas fait la guerre en Irak, c'est qu'il connaissait ces peuples-là"

Jean-Luc Barré raconte que Jacques Chirac lui a confié qu'il n'était pas de droite, ou "aussi peu à droite que Mitterrand pouvait être à gauche, car les origines, les racines, n'étaient pas celles-là", et car "ses valeurs humanistes le rapprochaient de la gauche". 

Comment Jacques Chirac se sent-il en 2007, quand il quitte la vie publique ? Pour Jean-Luc Barré, qui a travaillé avec lui à cette époque-là, "ça ne va pas". "Il n'y a pas de vie après le pouvoir pour Jacques Chirac. Il n'a rien préparé, si ce n'est, vaguement, une fondation dont il ne s'occupera jamais, et il y a un trou béant, une solitude, on le voit marcher avec son chien en laisse, à Biarritz, avec sa femme". 

"L'homme que je rencontre en 2007 a un agenda plus clairsemé, il a moins de visiteurs, certains ne viennent pas, d'autres comme Jean-Louis Debré viennent fidèlement, il ressent cela très profondément".

Selon lui, s'ajoutent à cela "les attaques quasi-incessantes de son successeur" : "Le matin où il apprend que Nicolas Sarkozy a parlé de lui comme d'un "roi fainéant", il commence par un jeu où il s'est amusé à demander s'il ne parlait pas de Giscard, et je pense que là, il avait l'intention de ne dire du mal de personne dans ses mémoires, à partir de là, il y a eu un tournant"

Aimait-il vraiment les gens ? "C'est dans le contact privé qu'il était formidable. Il avait un regard naturellement bienveillant sur les autres, curieux, et en même temps c'était un homme très solitaire, et, je pense aussi, extrêmement brutal dans le rapport politique", explique Jean-Luc Barré. Parmi les choses qui le touchaient vraiment, il y a le handicap, "il avait vécu cette tragédie avec sa fille Laurence, et je pense que la souffrance des autres le touchait, pas la sienne. Il avait une pudeur autour de sa maladie, une indifférence à soi et pas aux autres". 

"Il avait une forme d'autodérision, je pense qu'il ne se faisait pas une haute idée de lui-même, et en même temps on ne peut pas dire qu'il ne s'aimait pas"

Le couple le plus puissant qu'il a formé, c'est avec Bernadette, selon lui. Mais il y a aussi le duo avec sa fille Claude : "Il est arrivé que Claude soit une barrière entre lui et les autres, et je ne suis pas sûr que ça ait toujours été positif". 

Comment définir le chiraquisme ? "Comme le gaullisme, ce n'est pas une doctrine, c'est une attitude par rapport aux choses et aux êtres. Dans le chiraquisme, il y a un refus de toute forme d'alliance avec le FN. Il y a une exigence morale par rapport à cela, mais aussi un refus du libéralisme, un souci de la justice sociale, et une certaine idée du monde et de l'indépendance de la France". 

"Il me disait qu'au fond, il ne resterait pas grand chose de lui". 

Avait-il le sentiment d'être passé à côté de l'histoire ? "Peut-être en 2002, il est passé à côté de ce qu'il aurait pu faire en termes d'union nationale. Il me disait qu'il avait fermé les bras au lieu de les ouvrir (...) Il y a eu une secousse terrible en 2002 au soir du premier tour. Il ne s'attendait pas à se retrouver confronté à Le Pen". Ce qu'il restera de lui ? "Le musée du Quai Branly, le non à la guerre en Irak, et des actes comme le discours du Vel d'Hiv".

  • Légende du visuel principal: Jean-Luc Barré dans le studio de France Inter © Radio France /
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