Valérie Manteau, auteure, éditrice et journaliste française et lauréate du Prix Renaudot 2018 avec “Le Sillon” (éd. Le Tripode) est l'invitée de Frédéric Métézeau. Elle évoque également sa ville de Marseille, à laquelle elle a consacré une tribune en novembre dernier dans le JDD.

Valérie Manteau
Valérie Manteau © AFP / Emmanuelle MARCHADOUR

Auteure du roman "Le Sillon" qui a obtenu le prix Renaudot cette année, l'écrivaine Valérie Manteau est aussi l'auteure d'une tribune publiée en novembre dernier dans le JDD sur la situation à Marseille, où elle vit et travaille, après l'effondrement de deux immeubles le 5 novembre. "On traverse depuis deux mois une crise collective très grave pour la ville, une crise humaine évidemment, on a huit morts et une personne morte chez elle, ainsi qu'une crise sociale : on en est à 1600 personnes délogées, et tout cela est géré dans une panique et une psychose qui ne s’apaisent pas".

Les évacuations continuent, les gens passent leur temps à courir d’information en information, à se demander comment ils vont être relogés, et quand, et où. 

Selon elle, il y a des responsabilités judiciaires mais aussi politiques à établir : "On a un maire, depuis 23 ans, Jean-Claude Gaudin, qui a été ministre de l’aménagement du territoire et de la ville, c’est une sinistre plaisanterie", déclare-t-elle, estimant que le personnel politique doit changer. 

"Il y a une crise de confiance, je ne vois pas comment on peut continuer avec un personnel politique qui ne prend pas ses responsabilités." 

Et pour elle, cela n'a rien à voir avec la crise des "gilets jaunes". En témoigne la manifestation d'habitants du quartier de Noailles qui a eu lieu le même jour qu'une manifestation de "gilets jaunes" à Marseille : "Les gilets jaunes" ont laissé passer ce défilé avec les familles des victimes en tête du cortège. C’est très symbolique.

Dans son roman "Le Sillon", Valérie Manteau a choisi pour décor la ville d'Istanbul, en Turquie. "Ce qui m’intéressait dans ce livre, c’étaient les réseaux de solidarités qui peuvent se créer, les tissus de résistance qui existent dans des moments de crise comme la crise que vit la Turquie aujourd’hui".

"Ce que je voulais, c'était tracer ce tissu de résistance". 

Elle explique qu'en Turquie, "il y a une montée du nationalisme très forte qui va avec une redéfinition de ce qu’est l’identité nationale. Ce que j’essaie de montrer dans ce livre c’est que c’est beaucoup plus complexe, c’est un pays multiculturel, avec une histoire millénaire, faite d" beaucoup de peuples. Le livre s’ouvre sur une description de la rive asiatique, il y a des églises à tous les coins de rue", décrit-elle.

Son personnage est sur les traces du journaliste d'origine arménienne Hrant Dink, assassiné en 2007 par un nationaliste turc. "Il a croisé de façon très violente cette montée du nationalisme, qui fait que c’est devenu très violent et très polémique de simplement dire qu’il y avait des Arméniens dans ce pays, qu’il y en avait 60000 aujourd’hui et deux millions au début du XXe siècle, il a simplement demandé ce qu’étaient devenus les gens qui n’étaient plus là", explique-t-elle. 

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