Annie Ernaux, écrivaine, est l'invitée de Léa Salamé à 7h50.

Annie Ernaux
Annie Ernaux © AFP / Ulf Andersen

Elle est une voix rare, qui prend la parole avec parcimonie. Invitée de France Inter ce jeudi, l'écrivaine Annie Ernaux a évoqué le mouvement MeToo qui, pour elle, a été "comme une grande lumière, une déflagration". "Dans les années 1990, se dire féministe était pratiquement impossible. On vous regardait comme un dinosaure", note-t-elle. 

Annie Ernaux qualifie d'"absolument désolante" la tribune publiée par une centaine de femmes dont Catherine Deneuve, défendant "la liberté d'importuner". Celles-ci sont à ses yeux "des privilégiées qui ne connaissent pas la réalité des rapports entre les hommes et les femmes, dans le milieu du travail, dans le métro… Elles ont eu le privilège d’avoir de la liberté, de pouvoir dire non"

L'écrivaine refuse par ailleurs de parler d'excès, concernant le mouvement MeToo : 

"Ce mot est toujours prononcé lorsque des dominés réclament des droits. Quand il y a un mouvement de révolte, la contention qu’on a subie fait qu’on crie plus fort, et quelquefois peut-être à tort. Ce n'est pas grave."

Il reste, selon elle, un long chemin à parcours pour l'égalité entre les hommes et les femmes : en termes de salaires, et de représentation des femmes dans de nombreux domaines, dont en littérature. Annie Ernaux note ainsi qu'on dit souvent "écrivain" pour les hommes et "romancière" pour les femmes. "Moi je suis taxée de romancière alors que je n'ai pas écrit de roman depuis 40 ans !"

Interrogée sur les accusations d'agression sexuelle portées par l'actrice Adèle Haenel à l'encontre du réalisateur Christophe Ruggia, Annie Ernaux salue une parole "directe, intelligente au plus haut point, politique". Elle précise par ailleurs qu'elle n'ira pas voir le film "J'accuse" de Roman Polanski, notamment en raison des "dénégations" du cinéaste accusé de viol. Faut-il aller jusqu'à ne pas diffuser le film ? L'écrivaine n'y est pas favorable :

"Je suis pour la liberté complète du cinéma et de la littérature".

Enfin, sur les gilets jaunes, Annie Ernaux estime que la contestation n'est pas terminée. "La colère qui s’est levée il y a un an ne peut pas s’éteindre. Il y a politisation de gens qui se sentaient en dehors de la politique. La conscience, une fois qu’elle est ouverte, ne peut pas de nouveau s’enténébrer"

Annie Ernaux a également accordé un grand entretien au magazine ZADIG actuellement en kiosques et en librairies.

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  • Annie Ernauxécrivaine française, professeur agrégée de lettres modernes
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