Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France et maire Agir de Fontainebleau, est l'invité de 7h50.

Qu'espère-t-il entendre ce mercredi soir de la part d'Emmanuel Macron ? "J’attends qu’on prenne la pleine mesure de la situation et qu’on fasse le constat que les demi-mesures ne donnent pas les résultats que l’on attendait, et qu’on en tire les conclusions. Nous sommes déjà au cœur de l’orage, dans la crise, et aujourd’hui il faut des mesures radicales. Je préconise un reconfinement qui soit clair, qui soit encadré dans le temps, qui donne de la lisibilité et de la clarté aux Français."

Frédéric Valletoux tempère toutefois : "L’objectif c’est pas d’arrêter la vie sociale, c'est d’enrayer le nombre de malades et de faire en sorte que les lignes hospitalières tiennent, ce qui est aujourd’hui fortement remis en cause."

"On rentre dans l’hiver, le combat va être long, la sollicitation des hôpitaux particulièrement marquée"

Car selon lui, l'hôpital est déjà au plus mal : "Aujourd’hui on voit que les hôpitaux sont mis à mal et qu’on rentre dans une période qui sera très différente du mois de mars. On sait qu’on rentre dans l’hiver, donc le combat va être long, la sollicitation des hôpitaux va être particulièrement marquée. On est à une période où il y a d’autres épidémies, on ne pourra plus déprogrammer comme on l’a fait. Il faut donc des mesures claires et un reconfinement total."

Avec éventuellement des adaptations, notamment pour l'école : "On peut laisser l’accès à l’école au moins pour les écoles primaires, et permettre aux salariés de continuer à travailler, que ce soit en télétravail ou en présentiel pour ceux qui n’ont pas d’autre choix. Pour les collégiens et les lycéens, l’accès à l’enseignement dématérialisé a fonctionné au printemps et peut donc continuer."

"On a moins de soignants [...] et des soignants éprouvés"

Et Frédéric Valletoux n'est pas optimiste sur la gestion de la crise dans les hôpitaux, même avec des mesures plus strictes. "Je pense qu’aujourd’hui on a besoin d’enrayer massivement cette deuxième vague qui monte, parce qu’elle sera pour le système hospitalier beaucoup plus dévastatrice. Simplement parce qu’aujourd’hui on a un hôpital qui est sorti affaibli de la première période, il faut être clair : on a moins de soignants dans les services hospitaliers que nous en avions au début de l’année. On a des soignants qui sont éprouvés, parce qu’après le pic du printemps est arrivé le surcroît d’activité lié à la reprise en charge de tous les patients à qui on avait dit “revenez dans quelques semaines”. Des patients sont arrivés avec des retard de diagnostic, dans un état sanitaire qui était parfois plus inquiétant. Tout ce surplus de l’été, c’était 30 à 40 % d’activité en plus, et là on redémarre à l’automne avec cette deuxième vague qui arrive. L’hôpital ne tiendra pas si on ne prend pas des mesures drastiques."

Reconfiner oui, mais pour combien de temps ? "Il faut au moins un mois", assure-t-il. "N’oublions pas que dans cette affaire, le cap c’est que les lignes hospitalières tiennent. L’alternative sinon, c’est qu’on sélectionne sans discernement : les plus vulnérables paieront le prix cher, et ils ont déjà payé chèrement cette crise, notamment dans les Ehpad."

"Éviter une troisième vague mortelle pour l’économie et le système hospitalier"

Aurait-il fallu prendre ces décisions plus tôt ? "Avec le recul, c’est toujours plus facile de relire les choses… Mais si l’on avait pris des mesures fermes de reconfinement il y a quelques semaines, on aurait évité de voir les chiffres exploser comme aujourd’hui. Les personnes qui tombent malades aujourd’hui sont celles qui vont se retrouver dans 10 ou 15 jours dans les services hospitaliers. Quoiqu’il arrive, quelle que soit la mesure annoncée ce soir, il y a un décalage d’une dizaine de jours qui va continuer à peser fortement sur les services hospitaliers."

Membre du groupe Agir, Frédéric Valletoux est plutôt proche de LREM... Pourquoi il estime que la gestion de la crise par le pouvoir est un échec. "Je crois que le gouvernement n’a pas pris la mesure de ce qu’a été la première vague, et n’a pas tiré toutes les leçons de ce qu’a été cette première vague", regrette-t-il. "J’appelle à ce qu’on prépare d’ores et déjà la sortie de ce deuxième confinement pour éviter une troisième vague en janvier/février, qui serait mortelle pour l’économie et pour le système hospitalier. Il faut revoir le système de tests, avoir un meilleur contact tracing, revenir à l’obligation de prescription médicale pour les gens qui se font tester, mieux partager les données… Mais aussi revoir la gouvernance du système hospitalier, un sujet abordé au Ségur mais soigneusement mis de côté : la gouvernance régionale et nationale a montré des ratés. Si on rentre en confinement ce soir, préparons un déconfinement mieux organisé, mieux adapté, plus clair et avec des protocoles moins complexes."

Il conclut : "Si l’objectif reste de maîtriser l’épidémie, de soigner tous ceux qui sont touchés et de ne pas mettre de côté ceux qui sont touchés par d’autres maladies, alors il faut un confinement, et réfléchir à un déconfinement maintenant."

  • Légende du visuel principal: Frédéric Valletoux © AFP / ludovic MARIN / AFP
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