Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, est l'invité de 7h50. Il détaille ce qu'il attend du reconfinement annoncé la veille par Emmanuel Macron.

"Tout le monde a bien compris qu’on est dans une situation critique, avec une circulation du virus qui est vraiment très importante, que ce n’est pas en France mais au niveau européen", constate le professeur Delfraissy. "Il y a deux grands moyens de lutter contre cette situation à court terme : la première c’est de protéger les anciens et les plus fragiles, les plus à même de développer une forme sévère et d’encombrer les services de soin et de réanimation. C’est un point fondamental : la protection des plus anciens, des plus fragiles, des plus précaires. Deuxième élément : le confinement. Je n’ai pas à commenter les décisions du président de la République, mais je note que cette décision est rapide, ajustée à la situation sanitaire actuelle. Il va falloir la surveiller avec attention, car le diable est dans les détails. Comment va se mettre en place ce confinement légèrement allégé ? Mais c’est une décision forte, que nous souhaitions au niveau du Conseil scientifique."

Cette décision est-elle assez forte ? "Je ne le sais pas et personne ne le sait. Regardons ! Il est essentiel de trouver un équilibre, complexe, difficile, entre une vision strictement sanitaire et une vision sociétale. On sait par exemple qu’il est essentiel que les écoles puissent se poursuivre, dans des conditions qu’il va évidemment falloir surveiller. Cette maladie est injuste, au plan social : elle touche les plus anciens et les plus précaires. Attention que le sanitaire ne domine pas l’ensemble et que ayons aussi une vue sociale de cette pathologie."

"Nous allons avoir quinze jours à trois semaines extrêmement difficiles pour le système de soins"

Pour le président du Conseil scientifique, ce confinement est parti pour durer : "On part pour un confinement de quatre semaines au moins. On pourra commencer à regarder un certain nombre de marqueurs d’ici une quinzaine de jours, pour voir quelle est la tendance. À ce moment, on pourra en fonction de ça poursuivre le confinement, éventuellement l’alléger (je n’y crois pas trop) ou le renforcer si c’est nécessaire."

"En même temps que se met en place ce confinement, nous allons avoir quinze jours à trois semaines extrêmement difficiles pour le système de soins", prévient Jean-François Delfraissy. "Ça va durer dans plusieurs régions de France. Il ne faut pas que ça craque. On est dans une situation qui est moins favorable que celle que nous avions début mars. Il va vraiment falloir se serrer les coudes. La contamination est sur l’ensemble du territoire, et pas seulement dans certaines régions comme au mois de mars ; et il faut prendre en charge les pathologies Covid-négatives qui justifient de l’urgence de prise en charge."

"Le 1er décembre, nous ne serons pas à 5.000 contaminations par jour"

Quid de l'objectif de ramener le nombre de contaminations quotidiennes à moins de 5.000, pour freiner suffisamment la progression du virus. "Le 1er décembre, nous ne serons pas à 5.000 contaminations par jour, il va falloir plus de temps. Le scénario est plutôt d’avoir un confinement d’un mois, de regarder les différents marqueurs, puis de sortir du confinement via un couvre-feu qui pourrait se poursuivre pendant le mois de décembre, éventuellement couvrir Noël et le Jour de l’An, et n’en sortir que début janvier. Le chiffre inférieur de 5.000 nouvelles contaminations par jour est atteignable à ce moment. Avec ce niveau-là, la stratégie qui est de tester, tracer, isoler, est atteignable."

Aurait-on pu éviter la deuxième vague qui nous frappe aujourd'hui ? "De toute façon, nous aurions eu une deuxième vague ! Il y a eu une perte de distanciation de la part de beaucoup d'entre nous, en particulier des plus jeunes mais pas seulement. Et ce virus devait revenir, nous l'avions anticipé, en prévenant de cette deuxième vague dès le mois de juillet."

"Les fêtes de fin d'année seront différentes cette année : elles se feront en petit comité, sous le couvre-feu", prédit-il. "Y'aura-t-il une troisième vague ? Ce n'est pas exclu, mais je ne veux pas toujours être celui qui annonce les mauvaises nouvelles. Je suis fondamentalement un optimiste : j'ai vécu le VIH, ebola... Nous allons nous en sortir parce que l'innovation arrivera... Mais elle n'arrivera pas avant le printemps prochain."

  • Légende du visuel principal: Jean-François Delfraissy © AFP / Ludovic MARIN / AFP
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