Les journalistes Ariane Chemin et Benoît Collombat sont les invités de Léa Salamé à 7h50. Ils reviennent sur les convocations à la DGSI de plusieurs journalistes enquêtant sur des scandales ou des mensonges d'État.

"On a l'impression d'une erreur de casting", raconte la journaliste du Monde Ariane Chemin sur sa convocation à la DGSI. "Ça ressemble un peu au Bureau des Légendes, on descend au quatrième sous-sol, c'est gris, il y a des néons, une paire de menottes qui pendouille... Vous êtes interrogé dans un cadre normalement réservé à des personnes accusées de terrorisme." C'est d'ailleurs ce qui inquiète le plus les deux journalistes, qui s'alarment d'une forme de "criminalisation du travail journalistique".

"Avec la multiplication de ces auditions à la DGSI, on a l'impression que c'est une logique antiterroriste qui est appliquée aux journalistes", explique Benoît Collombat, journaliste à la Cellule investigations de Radio France. "On parle de l'affaire Benalla, une affaire d'État. On parle des armes françaises au Yémen, un mensonge d'État. Et là, on n'est pas dans le cadre traditionnel du droit de la presse, devant les tribunaux devant lesquels on peut se défendre."

Pour eux, quand Sibeth Ndiaye dit que les journalistes "sont des justiciables comme les autres", elle se trompe. "C'est vrai dans la vie quotidienne, mais pas dans l'exercice de leur métier", s'agace Ariane Chemin. Le principe du secret d'État et celui de la liberté de la presse "ne se valent donc pas".

Benoît Collombat enfonce le clou : "le journaliste a une fonction sociale, il n'est pas là uniquement pour publier passivement des communiqués officiels du gouvernement". "Dans le cas des ventes d'armes de la France utilisées au Yémen, on parle quand même de la pire catastrophe humanitaire depuis la Deuxième Guerre Mondiale : on entend que les journalistes ne sont pas au-dessus des lois, mais l'État non plus ! La France ne respecte pas les traités sur le commerce des armes qu'elle a signés."

Bref les deux journalistes sont inquiets sur la liberté des journalistes dans le pays, notamment avec la crise des gilets jaunes. "Il y a une accumulation de faits qui devient inquiétante", assure Ariane Chemin. "C'est pas en cassant le thermomètre (les journalistes) qu'on fait baisser la fièvre", conclut Benoît Collombat.

  • Légende du visuel principal: Ariane Chemin et Benoît Collombat © Radio France /
Les invités
  • Ariane CheminJournaliste d'investigation au journal "Le Monde"
  • Benoît CollombatJournaliste à la direction des enquêtes et de l'investigation de Radio France
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